Samedi 6 juin 2009

Je ne pense pas que cela dure.
Je vous parle de mon expérience qui consiste depuis des mois à "commenter" les programmes lucarniques, jour après jour, que le sujet (film, téléfilm, reportages, variétés) m'intéresse ou non.
Pour tout dire, pratiquement, rien ne mérite que l'on se mette sur son fauteuil devant cet écran menteur, salisseur et pervers.
Mais, je m'y astreins car j'ai décidé de mener cette chimie au fin fond de l'éprouvette.

C'est donc très éprouvant si on est un tant soit peu pas trop mollusque corallien.

Je lance assez souvent ma petite sonde en disant très sincèrement tout ce que je pense et, en fonction du passé, des réflexions réfractaires et biscornues pour susciter l'émotion, la réplique, l'intérêt.

Bien entendu, je fais avec mes moyens et je ne suis pas Rochefort ni Daudet (Léon, hein!).
Petit à petit, j'en suis venu comme c'est naturel dans toute conversation, à m'impliquer davantage chaque jour et à laisser des traces de tout ce que j'ai vécu, de ceux que j'ai rencontré, des évènements auxquels j'ai assisté où pour itou lesquels j'ai pris des risques.
Pas pour faire l'intéressant, non! Je suis trop timide depuis trop longtemps. Mais pour avoir matière à commenter, justement! Sur des sujets que je connais bien.

Les réactions de mes collègues en "commentaires" vont de la haine bétonnière à l'amusement agacé en passant par le malentendu et l'incompréhension.
C'est ça, notre époque damnée! L'incomprenette obtuse et obsessionnelle, obsidionale.
Dans cette nouvelle entreprise, j'ai décidé, comme toujours, de dire la vérité et de ne pas feindre l'esquive.
Il y a des adeptes du triple langage, avec changements de pseudo, mais on les dépiste facilement à cause de leurs tics d'expression.
L'expression, justement, est très pauvrette et on ne me fera pas croire qu'il n'y a que les recalés du certif qui s'adonnent à ce loisir. Pour plusieurs, probablement un ersatz de psychothérapie et c'est possible que communiquer à visage masqué avec des étrangers facilite l'aveu d'un tempérament.

Sauf que sur le divan du psychanalyste veillent l'oeil, l'oreille et l'âme bienveillants mais neutres du thérapeute.
Tandis qu'ici, la bénévolence est rare et c'est frappant de voir tant de gens divers se répandre en malédictions, en anathèmes piqués à leurs abécédaires formatés,.
On leur a tellement menti depuis si longtemps qu'ils ne croient plus en rien mais, atrocement, répercutent les mêmes mensonges que leurs "élites".

Et tout ça tourne en rond, de rots en pets, sans même l'énergie des gaz pour développer une réplique sensée à cette étouffoir qu'est la télé.
Du point de vision strictement médical et ethnologique qui est le mien, cette société est totalement désespérée et foutue; c'est d'ailleurs bien ce qu'elle mérite, et je m'étonne que tout cela tienne encore debout, comme un grand cadavre escarreux que les vers seuls feraient avancer.

Je ne regrette pas cette plongée dans cet univers ou errent tant de frères humains à l'abandon d'autant qu'il y a deux-trois personnalités que j'aimerais rencontrer au clair jour, attachantes comme certains de mes malades.

Cela ne se fera pas, bien sûr. Mais restera cet inassouvissement que procure une fresque déjà bien détériorée.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Vendredi 8 mai 2009
De temps en temps, je vois des têtes à la "lucarne".
Sur le moment, je dis à ma femme: "Mais, je le connais, celui-là! ou "je la connais, celle-là!".
Elle me fait confiance, ma femme; elle sait que je ne mens jamais. A quoi ça sert de mentir? Après, faut aller à confesse, alors merci!
C'est déjà assez pénible comme ça. Si c'est pour des broutilles, aucun intérêt.
J'y vais pour les gros trucs gras, c'est-à-dire pour des choses qui n'ont aucune portée sérieuse, mais je tiens à garder le contact.
Donc, "je le connais, ce type!"
Et pas comme ça, en passant. Au quotidien, des mois, des années!
Pas une rencontre à l'arrêt de bus, au hasard des files d'attente.
C'est drôle comme effet.
De prime abord, y a de l'amitié, et puis, du dégoût.
Ils ont "fait carrière".
Faire carrière, c'est pas creuser des galeries, c'est pas comme mineur de fond.
Non, il faut d'abord renier ses convictions. Pas d'un seul coup, bien sûr.
Pas, de la veille au petit déjeuner. Non. C'est une évolution lente, cancéreuse, sournoise, souterraine, à fleur de trahison!
Celui qui fait carrière, il le sent pas qu'il dégénère, qu'il faribole, qu'il mange la becquée dans des mains pas propres.
La vedette, depuis quelque temps, c'est Gérard Gachet.
Il a pris de l'embonpoint, il mange bien. Il a toujours bien mangé.
C'est un type paisible, il l'a toujours été. Pas le genre bagarreur.
Il est maintenant porte-parole du ministre de l'Intérieur, enfin de la ministresse.
Il raconte des conneries sur toutes les chaînes, apaisantes aux bourgeois, féroces aux voyoux. Mon cul!
Je lui aurais dit, il y a trente ans: "Gérard, tu finiras au Ministère de la Trique", il m'aurait ri au casque.
Il a fait carrière.
Une autre gentille fille que j'ai un peu pratiqué, Anne Méaux.
Elle était au PFN. Un peu que je m'en souviens!
Elle est conseillère de Rachida Dati, si, si!
On serait tombés raides, à l'époque.
Autant dire Alain Robert chez les macoutes de Pasqua.
Et bien, justement, il y est!
Je pourrais continuer comme ça sur plusieurs pages avec des noms célèbres, mais je pense que j'ai déjà droit à un contrôle fiscal et à un "cheval de Troie" dans mon ordinateur.
Je suis certain que ces pitres étaient aux cérémonies du oui-mais, çuy jour.
La rigolade!
Un des rares qui ait pas varié, c'est Michel de Rostolan, "Cercle Renaissance", député européen.
C'est lui qui me ramenait à mon domicile quand j'étais en sang et que je voulais éviter les questions de la police.
Maintenant, "le Gâché", il me mettrait au trou, fissa!
Carrières!
Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Vendredi 8 mai 2009

Aujourd'hui, c'est le huit mai.
Cela me vaut une journée de congé alors que ce n'est même pas une fête religieuse.
Enfin, pour certains, c'en est une, de fête sabbatique.
J'ai failli aller au cabinet pour travailler, car franchement, c'est pas une date pour moi.
C'est l'anniversaire de Maman. Elle aurait quatre-vingt onze ans.
Elle s'était dévouée corps et âme pour le camp qu'avait pris "les noirs" aux dames.
Ce sont les "blancs" qui ont gagné.
Alors, forcément, j'ai pas le coeur.
Je suis allé à la messe ce matin.
Le chef de chorale comptait sur moi. J'y suis donc allé. Il y avait six anciens combattants, décorés jusqu'aux genoux, à la mode soviétique.
Ils me regardaient avec amour parce que je chante bien, mais moi, je les trouvais cons et laids.
Ankylosés, perclus, gaullards jusqu'au fion, probablement.
Ils ont gagné, le huit mai.
Oui, mais!
C'est sûr que ce sont eux, les vainqueurs?
On n'a pourtant pas, depuis soixante ans, des gueules de vainqueurs.
Et que je te refais le débarquement normand, varois, aérien, aéroporté et
"yellow submarine".
Moi, tout ce que je vois, depuis que je me sers de mes organes sensoriels, c'est que les "délivrateurs", ils ne nous ont apporté que des bas nylons, du jazz (bon,d'accord, le jazz, c'est rockn'roll) et la grosse décadence boulimique de vertus.

Alors, çuy jour, pendant que tous ces pantins et leurs serviles escrocs profiteux festoieront, moi, je chanterai comme dans ma jeunesse turbulente:

Musique!

" En passant par la portière avec mes bottes de saut"

" En passant par la portière avec mes bottes de saut"
 "J'ai perdu la Croix de Fer, Oh, Oh, Oh! "
" Que m'avait donné Hitler, Oh, Oh, Oh!"
" Avec mes bottes de saut".
Sur l'air de "En passant par la Lorraine".
Bisous, maman!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Dimanche 3 mai 2009

En effet, cela fait un moment que je ne suis pas rentré dans mon domaine.
Je n'y trouve pas trop de poussière ni de toiles arachnoïdes, tant mieux!
Je tenais à réconforter mon maigre lectorat et à désappointer de possibles adversaires.
Figurez-vous que j'ai fait une incursion dans le monde du "net" pas net, savoir que je me livre depuis quelque temps à l'exercice difficile du commentaire des programmes télévisuels.
Il n'y a pas grand chose à en dire, que je vous entend soupirer!
Et vous avez raison.
Le laminage et le formatage étant la devise de l'état totalitaire sournois et vicelard que nous avons l'heur de respirer depuis des lustres et  des cadrans, le résulat est patent pour le moindre cantonnier en possession du "certif".
Le niveau intellectuel est celui de la douzième de mon enfance; quant au niveau moral, c'est simple, cela n'évoque plus rien.
L'immense majorité de mes frères en commentaires se contente de réciter leur bréviaire anti-raciste, leur phobie de l'homophobie et convulsionne à la moindre allusion un peu rigolote sur les ceci, les cela et les çuy-ça.
Ils pensent avoir atteint la cime d'une pensée personnelle et originale, mûrie dans la réflexion, la lecture et la méditation.
Esclaves, dès le biberon en phtalates, en somme.
Mais il n'y avait pas de déception envisageable dans ce registre.
Je sentais bien que mon aventure était autrement périlleuse que le franchissement du Congo ou la conquête de l'Atlas.
Mais une randonnée, même épistolaire, en vaut bien une autre et peut ménager des surprises.
Derrière le fatras brocanteur des messages agglutinés, il y a des individualités, et toutes ne sont pas à négliger.
Car à l'époque de la communication, on n'a jamais eu autant de difficultés à se faire comprendre.
Je me suis fait des amis.
Du moins, je souhaite.
Pourtant, je ne tergiverse pas, je bolide dans les carrefours et j'ignore les clignotants verrouilleux qui régissent la "liberté d'expression".
On dirait qu'une voix nouvelle, sacrilège, impétueuse et filoute les réveille, les désankylose.
C'est un peu présomptueux, me direz-vous, mais la parole est toujours une conquête pour qui sait la manier.
Oui, je me suis fait des camarades; je ne m'y attendais pas, ce n'était pas l'objectif.
Simplement, des complicités méfiantes ont vu le jour et puis, au final, des complicités tout court.
Ils ont compris que je ne cherchais pas à convertir quiconque en tous domaines, mais que j'avais aussi la faculté de m'émouvoir, violemment, comme il sied.
Par contre, je me rend bien compte à la relecture de ce pensum que j'ai perdu en agilité dans l'écriture.
Je me remets aux gammes!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Mercredi 18 février 2009
Non! Le titre, c'est pas une faute d'orthographe comme pourraient penser les personnes pressées, à commencer par la directrice d'un journal que je vénère et qui m'a sommé de me relire, car, écrit-elle, le fonds est excellent mais la forme mal foutue.
Je cherchais un encouragement à poursuivre,  j'y ai trouvé un frein à mon carrosse.
C'est le jeune vicomte qui vient de me désassoupir de mon sommeil de Beau au Bois Dormant.
Et, comme je n'ai pas de souvenirs dans ma boîte à claques, ça viendra, je "m'intéresse" au bordel colonial présent.
Car il faut savoir que, nous, les Gaulois et les Francs, Dieu sait si nous en avons connues, des occupations prolongées et caravanières, qui se mêlaient de nous apprendre à vivre.
Je ne parle même pas des Alains, des Wisigoths et autres impérieux cavaliers civiliseux, mais arrêtons nous un instant sur les Romains.
Trois siècles d'occupation, quand même!
Qui se plaint çuy jour de leurs aqueducs, de leurs ponts, de leur code pénal et de leurs oppidums?
C'est la joie des touristes et des historiens.
Il ferait beau voir que l'on aille au Tribunal de La Haye porter plainte contre l'Italie, pour traitements contraires aux droits de l'oumme.
J'éviterai de parler de la présence anglaise, car je n'aime pas cette tribu, et qu'à l'époque, ils étaient encore catholiques.
Tout ça pour en venir, à petits pas menus, sur l'acmé raciste des antillais contre les Blancs qui ont l'outrecuidance de vouloir faire prospérer leur îlot, avec les kollabos autochtones.
On a l'habitude, nous les leucodermes!
Dès que ça foire dans une sierra ou un oued, c'est la faute aux Blancs, qui sont là depuis trop longtemps ou qui ne ne viennent pas quand on les appelle.
Donc, de tout cela, y en a vraiment plein la chéchia.
Je propose donc que l'on donne l'indépendance aux cocotiers, au sable fin à la con et aux eaux turquoises, mais qu'en contrepartie on décolonise nos bureaux de poste métros.
Je dis pas ça parce que je suis en colère, mais par un goût immodéré de la logique et de la justice.
Ensuite, les vaillants "descendants d'esclaves", ils pourront toujours se livrer à la reconstruction de leur atoll façon Zimbabwe ou Haïti.
Personnellement, peu me chaut!
Je ne suis pas sûr que le jeune vicomte va être satisfait de mon réveil.
Post-tapum: comme il existe en France des scorpions qui font la chasse aux déviants, je précise que j'ai d'excellents patients antillais et que je les aime beaucoup.
Cela va comme ça, la petite putasserie dédouanière?
Enfin, le titre, j'explique: c'est que ces braves gens ont envoyer gicler leur mère.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Mercredi 21 janvier 2009

Ma secrétaire vient de me faire parvenir 80 pages imprimées sur beau papier, des articles, disons, des chapitres précédents.
L'impression, je veux dire la sensation, pas la qualité de l'encre, est étrange.
Tout d'un coup, sur papier, tu n'as plus la certitude d'être l'auteur.
En lisant, forcément, tu avises que si!
Je ne pensais pas que le poids du papier fut aussi pesant à partir de vingt pages.
Ma secrétaire, elle est bénévole, c'est une de mes filles.
Elle s'y connait en publication; je lui ai refusé une avance hier soir.
Je trouve que collaborer à une oeuvre d'intérêt est déjà une belle gratification, mais je dois méconnaître les besoins des autres.
Je touche du doigt la joie intime des écrivains quand ils se voient publier pour la première fois.
C'est un début.
Pour l'instant, je corrige les épreuves et c'est donc éprouvant.
Comme j'ai le goût des choses accomplies, fut-ce dans la confidentialité, je verrais bien la prochaine fois un beau velin numéroté de I à X, pour les intimes, de 11 à 100 pour les esthètes et de 101 à 10.000 pour le pilon.
Il n'empêche qu'un éditeur pas trop margoulin et doté du certif ferait bien de tomber raide à ma lecture et de sauter sur son téléphone pour me faire des offres.
Il est grand temps!
Je sais bien que mes sujets sentent la Réaction, voire pire, et que le style en est un peu hâché, mais j'ai bien conscience quand même que ça sort du lot.
Je ne demande pas d'avoir un prix comme n'importe quel Goncourt tropical ou Renaudot haïtien.

Un prix des écoles m'irait très bien.

La récompense de fin d'année des élèves studieux distribuée par la sous-caste enseignante, ce serait rigolo et ferait scandale, tout ce que j'aime.

Car enfin, les politiquements incorrects, c'est quand même pas la bande à Bonnot de Polope 1, qui sue le conformisme et la haine ordinaire des planqués sans verve.

Les bourgeois stipendiés des férules invisibles mais bien réelles, leur temps va finir.

Ils vont se retrouver tout cons, se retrouver donc!

Car l'avenir m'appartient, messieurs-dames.

Quand le peuple, il en pourra plus de l'étouffoir où il est invité à s'enfumer quotidiennement, il se tournera vers les cimes, et naturellement j'y serai.
Maintenant, y a plus qu'à le faire savoir!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Lundi 12 janvier 2009

Depuis le début, je n'invente rien.
Je restitue!
C'est l'avantage du mémorialiste, il a tout en lui; il ne sait pas trop où, mais c'est forcément dans les dendrites.
J'admire beaucoup les romanciers qui créent des mondes ex nihilo, avec les décors et les intrigues.
Je m'y suis essayé à vingt ans, mais ça n'a rien donné, pour beaucoup d'efforts.
Et puis, les grands romanciers, c'est rare.
À part Dumas et Henri Troyat, je ne vois pas.
Bien sûr, Balzac, Flaubert, Vigny, Mérimée, c'est beau, mais ça m'ennuie.
On sent encore le travail.
Par contre, ceux qui disent leur vie intéressent la nôtre.
Et ma vie en vaut bien une autre.
C'est pourquoi je continue à vous balader, et ce soir, on crèche à Saint-Just-en-Chaussée.
C'est un bled adjacent à Beauvais.
Vers dix ans, j'y étais en pension, et le plus mauvais souvenir de mon "enfance".
C'était chez les amis de ma mère, les Franke.
Elle, elle s'appelait pas Franke car elle était française.
Son mari s'appelait Franke car il était de Dresde où il avait dû perdre tous ses ancêtres sous les bombardements humanitaires phosphoriques américains, un coup de 300 000 morts en trois jours, au jugé.
C'était un soldat Wehrmacht que les circonstances avaient emmenées chez nous.
Il avait épousé la meilleure amie de ma mère, ou l'inverse.
De toute façon, ils s'aimaient; ça se voyait à leur façon de ne rien dire et de soigner les lapins.
Ils avaient deux enfants, un garçon de mon âge et une fille du mien.
J'étais encore, une fois de plus, chez les "autres".
Ils ont certainement été mille fois plus bons avec moi que tous les autres que j'avais squatté et qui n'étaient pas prussiens.
Je garde un très mauvais souvenir de ces deux années.
D'abord, y avait l'odeur de boule puante, jour et nuit, qui planait sur Saint-Just et qui me retenait de respirer pour aller à l'école.
Une usine chimique.
Il y a quelques années, je suis repassé dans le coin et il y avait toujours ces miasmes d'égoût qui flottaient.
J'ai tourné bride.
Et puis, il y avait le chien.
Qui me foutait la trouille chaque fois que je le voyais, un berger allemand, bien sûr, et qui s'appelait Wotan, en prime.
Son maître était donc un soldat vert-de-gris qui devait faire dans les soixante pouces, doté de yeux bleu acier de fonderie, surmontés d'une coiffure en brosse du blond des Impressionnistes.
J'étais donc très impressionné, voire terrorisé.
Et pourtant, il n'y avait pas de quoi, car tout le monde était charmant, très pieux et très attentif.
C'est moi qui devait en avoir marre des têtes nouvelles pour te torcher et des gamins de mon âge qui eux, étaient chez eux.
Mais la vie était terriblement monotone; le même geste à chaque minute, le silence à table que c'en était gênant de gargouillis et que tu n'osais pas déglutir.
La nuit, j'avais peur et les ouataires étant au rez-ce-chaussée alors que je dormais au premier, quand une envie me prenait, j'allais sur le palier me soulager sur une plante verte, en l'occurence un grand caoutchouc.
Tous les matins, je surveillais que les feuilles du bas ne jaunissent pas, mais non.
Lui, ne m'a jamais trahi.
Et la preuve que je ne suis pas un romancier, c'est que je ne sais pas faire dans les longueurs.
Je remets à plus tard la suite car je ne veux pas que l'on reste sur une image qui n'est pas la bonne.
Mais même maintenant, je ressens encore l'odeur phosphate, je revois ce bon vieux Wotan qui me terrorisait chaque fois qu'il voulait m'embrasser et ce cher Feldgrau qui me paralysait.
C'est pas juste pour eux.
À Saint-Just-en-Chaussée.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Dimanche 11 janvier 2009

Ma maman, elle était indigne nationale.
Cela ne dira rien aux veaux de l'année, mais pour les anciens...
Indigne nationale, c'est juste avant le peloton d'éxécution.
C'est une catégorie de mauvais français que De Gaulle, il avait inventée, pour se justifier d'être resté à Londres pendant le Second Etripage Moundial, sous les moqueries de Churchill et le mépris de Roosevelt.
Et bien, les français qui avaient pas la chance d'être gradés et d'avoir un avion, ils sont restés sur le sol.
Et pour la majorité, les Boches, ça valait mieux que les communistes.
Les femmes ne faisant rien à moitié, à l'inverse du sexe paraît-il fort, ma maman, elle était militante à vingt ans chez Marcel Bucard, un socialiste encarté qui avait viré national-socialiste.
Comme Doriot, de communiste à national-communiste.
Comme disait quelqu'un d'intelligent de l'époque, le problème n'était pas de faire son "devoir", mais de savoir où était son devoir.
Donc, ma maman, qui ne faisait pas les choses à demi, non contente de faire son devoir chez Marcel, avait aussi fait des rencontres.
Et en particullier de mon père, qui était le fils d'un médecin célèbre du Havre, très connu et très respecté, qui partageait un hôtel particulier avec l'évêque.
Vous suivez?
Ma maman, elle est devenue gouvernante des enfants de Marcel Bucard et c'est là qu'elle a rencontré mon papa, qui était un adolescent probablement en manque.
Et me voila.
La difficulté, c'est que les choses n'ont pas tourné comme on l'espérait, sauf chez les Brits et les Bifs, et que ma maman, elle est restée à ses fidélités.
Y aura jamais que les femmes pour nous éduquer.
Et à la Libération, elle s'est retrouvée à planquer Bassompierre qui était le grand chef de la Milice.
Malgré que le frère de Bassompière, il soit aviateur FFL et qu'il ait déposé au procès, ça n'a pas évité à l'ainé le poteau.
Quant à ma maman, c'est pas passé loin.
Certes, De Gaulle ayant rétabli la dignité de la femme, logiquement, elle aurait eu droit aussi à une salve.
Mais Dieu n'en avait pas décidé ainsi.
Concernant mon grand-père qui était adjoint de Darnand, milicien donc, pour la Zone Nord, il a été buté par des communistes, en plein bombardement allié de Strasbourg.
J'ai appris tout ça très tard, alors que j'étais déjà médecin, comme mon grand-père.
Son fils, mon papa donc, l'a renié.
Faut dire qu'il faisait une carrière dans l'armée coloniale et que cela devait nécessiter des sacrifices.
On devrait se méfier des fils.
Quoi qu'il en soit, cela explique que je me sois retrouvé à sept ans du côté de Beauvais, en pension chez la meileure amie de ma mère qui avait épousé un officier d'Occupation et qui travaillait chez Peugeot.
Pour les historiens que cela intéresserait, j'ai toutes les lettres de Bassompierre écrites à ma mère de la prison de Fresnes, quartier des condamnés à mort.
Et des tas d'autres choses intéréssantes.
Du Front de l'Est, en particulier.
Mon oncle, à 21 ans, était Panzergrenadier de la Charlemagne en Poméranie, où il est mort, laminé par un char soviétique.
Là aussi, j'ai le courrier.
La poste nazie est très bien faite.
Que conclure?
Une de mes patientes nonagénaire a été soignée par mon grand-père au Havre, et elle en garde un excellent souvenir. Elle avait huit ans. Chaque fois qu'elle vient au cabinet, elle me demande s'il va bien.
J'ai pas le coeur à lui expliquer.


Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Samedi 10 janvier 2009

Gel

Ce matin, encore moins quinze Celsius dans mon domaine.
Il gèle pour les pinsons et dans le coeur des hommes.
Je leur donne à manger, à mes piafs, qui me font confiance et qui ne sèment ni ne moissonnent.
C'est pour entretenir leur foi par le remplissage de la boyasse.
Du coup, voilà plusieurs jours que je me lave dans une cuvette avec de la neige fondue, car les canalisations ont décidé de s'endurcir.
Comme les créatures de Yahvé, qui là-bas, sont déterminées à fluidifier l'humanité pour dix arpents d'oliviers.
Le Lebensraum, la surface nécessaire à la respiration d'un peuple qui a de gros poumons et les alvéoles hypertrophiées.
Cela implique que les autres doivent, par nécessité historique, inspirer une fois sur deux.
Faut s'économiser pour les Seigneurs.
C'est chacun son tour pour les vautours alentour.
C'est l'atroce noce des âmes glacées et des haines brûlantes.
Nous savons tout par l'Ancien Testament.
Malheur à celui qui n'est pas né du bon côté du Fleuve, et, comme disait Pascal à peu près, vérité en deçà des Pyrenées et bûcher au-delà.
Faut foutre la paix à Israël, bande de lie Hamas!
Faut reconnaître que vous avez une sale gueule et qu'en tant que palestiniens, vous n'avez pas à errer en Palestine, non mais!
Faites comme vos voisins, zonez sur le globe, bien deux mille ans; séparez-vous des autres, qu'on se méfie bien, et ensuite, quand vous serez bien perclus, venez plantez vos tentes bédouines dans un endroit où vous serez les bienvenus.
Je ne sais pas, moi, à l'ombre de la Basilique Saint Denis ou, si vous préférez, du côté du Monténégro.
Puis, quand vous serez en force, vous ferez baver l'entourage.
C'est de la pure fiction, bien sûr.
En attendant, démerdez-vous avec vos Maccabées, et n'oubliez pas que celui qui gagne, c'est que Dieu est avec lui.
Gott mit uns.
L'ONU ratifiera le blasphème.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Dimanche 4 janvier 2009

Elisabeth, elle a bien voulu.
C'était pas un exploit, ni la Carte du Tendre.
Il suffisait de demander gentiment et d'être pas trop repoussant.
Je l'ai connue à la création du Front National.

Elle venait du Mouvement Solidariste, une spécialité d'activistes velus qui avaient déclaré la guerre au Soviet Union.

Ils étaient en lien avec des filières d'émigration du glacis bolchevique et avaient leurs entrées à Radio Free Europe et autres repaires de barbouzards yankees.

C'étaient des gars et des filles très courageux et pas mal ont payé de leur liberté, ou plus encore.

Donc, Elisabeth, c'était une de ces filles pleines de bravoure, qui évoluait dans un groupement très structuré.

J'avais entendu parler des Solidaristes mais nous, à Ordre Nouveau, on préférait la guerre civile.

Y a moins à chercher et très peu de transport.

Faut quand même que je vous brosse un croquis.

Russe par ses parents, française de papier et de coeur, elle avait déjà un embonpoint sournois, mais de ceux qui annoncent plutôt la joie de vivre et les promesses de détente.
De grands yeux bleus et des cheveux blonds, elle aussi.
Quand je l'ai connue, elle sortait à peine de démêlés avec la "justice", car elle avait grimpé avec des potes à elle sur un croiseur soviétique qui faisait escale au Havre.
Pas mal, quand même, non?
On était jaloux et admiratifs.
Ils avaient déployé des banderoles sur le cuirassé, avec des slogans injurieux pour Brejnev et l'empire des vampires.
Pendant ce temps, nos vaillants intellectuels bouffaient des petits fours chez des animateurs de télé complaisants à vendre leurs sales bouquins.
L'affaire avait été chaude et le consul s'en était mêlé, car les épaulettes rouges du destroyer, voulaient les mettre à fond de cale avant d'aller leur faire prendre l'air frais au Kamtchatka.
Ses parents logeaient pauvrement du côté de la place Pigalle, mais en seigneurs, comme tous les Russes.
Sa mère m'avait adopté et signalait son affection par le surnom de Prince Eric, l'icône(c'est le cas de le dire) de la littérature scoute.
Sauf que j'avais rien d'un éclaireur.
Bien sûr, ils étaient orthodoxes et de temps en temps, on allait rue Daru assister au Culte.
C'était très beau et me changeait des "célébrations" minables de nos églises, que d'ailleurs je ne fréquentais plus.
Je crois que sa mère m'aurait bien vu en gendre, mais ça s'est pas fait.
Au Front National, elle a apporté son militantisme sérieux et il a fallu beaucoup d'énergie pour lui interdire le S.O.
Je ne sais plus le nombre de coups qu'on a fait ensemble, (je parle d'actions militantes!) mais ça doit être registré dans quelque officine policière gaullarde ou bolche, donc la même.
Et puis, la vie, et reliqua...
Je l'ai revue il y a quelques années dans une manif du Front.
Je l'ai pas remise tout de suite, car il y avait autour d'elle une couronne d'enfants, et elle faisait progresser son quintal en chaloupant.
Son mari, lui, je l'ai bien ciblé.
C'est un ancien camarade d'Ordre Nouveau qui a arpenté tous les couloirs des ergastules gaullistes, aussi bien pour agitation politique que pour ravitaillement personnel.
Ils ont pas varié, même si le temps a passé.
C'est bien!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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