Mercredi 16 juillet 2008
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Je vous avais promis, je tiens, je suis comme ça!
Laissons les bestioles décédées, je les ramènerai à la surface quand je voudrais; mon bon plaisir, j'ai les pouvoirs, les dons. Pas d'inquiétude!
Le Barroux, village de vallis clausa, Vaucluse quoi! Où j'avais mes habitudes de tourisme et de piété.
Tout naturellement, quand les enfants se sont mis en tête de me faire acquérir un animal, je suis allé à une SPA, vers Fontaine de Vaucluse, je crois.
Je préfère les SPA, c'est des chiens qu'ont vécu, des choses à dire.
Les animaleries avec leurs chiots peluche pour Noël, ça me déprime et puis payer pour un animal, je trouve dégradant pour lui, j'ai dit!
Donc, nous voilà dans la poussière grise suffocante sous ce soleil du Midi que tout le
monde cherche mais qu'est un peu tueur quand même.
Calepin en mains, on prend des notes, les noms, tartignoles ou boursouflés, de toute façon je changerai.
Surtout, les regards, les attitudes, les ports de tête, la queue, enfin l'impression première.
Rayés, épurés, les fourbes à tête basse, regard louche de mac par en dessous trois-quart, les clebs jaune Van Gogh ou noir d'enfer, les fiers à pattes qui n'ont que trois notes et encore rien que
pour gueuler, te montrer leurs dents jaunes pourries -un peu les miennes, nicotine- les vaincus définitifs de la survie limite, enfin j'en passe, je ne veux vous lasser.
Les descriptions dans les livres, celles qui prennent leur temps, Proust ou Verne Jules, ça m'a toujours mis sur le flanc.
Pas faire pareil, quand même!
Le voilà mon chien, le mien, le futur, non déjà l'actuel; il est vautré dans la poussière au bout d'une bonne chaîne acier, c'est pas qu'il a l'air d'aimer ça mais n'est que poussière ici,
alors!
A dix centimètres, un rat clamsé; il avait dû le sécher d'un coup de patte et on l'avait laissé là; lui, le chien, ça ne l'intéressait plus.
Quant à l'allure générale, alors mes enfants, mouchoirs de Cholet sortis.
Une oreille dont un bout pendouillait, arrachée, pendante, poussière cataplasme.
Les côtes, rien à becqueter, cheval d'abattoir; mais attendez voir, le regard!
Il me voulait moi, ç'était évident, digne mais suppliant pas sébille femelle.
Non, digne dans sa crasse, ses blessures au corps, une gloire détruite, un palais dévasté mais encore de la restauration possible.
Quant aux autres blessures, celles du regard, j'avais compris; pas de dessin, je suis expert.
Bref, j'ai pris l' épave, fait un don, non! Pas acheté, un don de samaritain pour le bien-être.
Et nous voilà partis.
De retour sur mes terres, j'ai bien été obligé de l'attacher avec collier pas blessant et chaîne chromée.
Tu parles, il a failli me déssoucher un sapin de quinze mètres!
J'ai renoncé, j'avais peur pour lui, la liberté, d'un coup comme ça, ça peut tourner la tête, déculturer brutalement.
Finalement, tout s'est bien passé, je passe sur les déjections comme causent les messieurs-dames municipaux, il a fallu tout lui apprendre.
Il a tout appris, rapidement, je m'en doutais, c'est le chien genre certificat d'études, bagage pas lourd, mais alors pour la vie!
Je l'aime, il m'aime, ça suffit!
Je sais quand il va pas bien et lui aussi quand c'est ma tournée.
Je l'ai appelé Barroux, c'était bien le moins, je vous en recauserai de mon animal, il le mérite, il a encore des petits secrets, il croit que je ne sais pas, mais je ferais cela délicatement
pour pas froisser et puis, il fait quand même quarante-huit kilos, les côtes c'est du souvenir et l'oreille lui pend plus.
Alors, comme je lui ai tout transmis, ma susceptibilité avec, méfiant je reste.
Vigilant!