Mercredi 16 juillet 2008 3 16 /07 /2008 20:39

Ce soir, j'ai des difficultés.
Trouver un sujet qui puisse intéresser mes quatre lecteurs réguliers, c'est ardu, je vous assure!
Je retourne à Vigneux.
"Encore! Mais t'es payé, vicomte; c'est pas possible, t'es du syndic intiative!"
"Alors là, ça m'étonnerait, mes chéris! Mon Vigneux, j'ai bien peur qu'il ait défuncté."
Nous, on était des proleutaires, même avec particule, ou des employés; le premier qui passait agent de maîtrise, c'était déjà l'émeute et la fête!
Tonton et tante, sa femme, (n'allez pas me chercher des histoires!), m' avaient mis en garde contre les blousons noirs.
C'étaient des garnements de quatorze ans qui disaient "Bouh" aux vieilles dames et qui mâchaient du shouinggomme.
On écoutait.
On les trouvait quand même pas si terribles, avec leurs blousons skaiiie noir sur leurs mobylettes Peugeot rafistolées.
Si un clampin de Vigneux tombe sur mon oeuvre si délicate, il va avoir des vapeurs!
Ce sera l'âge d'or, la Toison itou, Capoue et la Venise des Doges, sans la flotte autour.
Je sais bien pourquoi, mais je ne le dirai pas.
C'est à eux de le dire ou alors, qu'ils se taisent! ...Définitif.
Je reviens.
Mes lectures favorites: "Tout l' Univers", j'ai déjà dit! 
Mais aussi "Pilote", "Tintin", "Spirou". "Record" aussi, très bien fait!
Il me faudrait un archiviste; il pourrait bien faire une thèse sur "Record".
Mais le meust, c'était quand même, "SLC", "Salut Les Copains", vous savez sur Europe numéro un, la voix: "SLC, salut les copaiiinnnNNNNSSS"!
Peu de temps après, Filipacchi, je crois que c'est  lui! Et qu'était pas con, lançait "MAT", "Mademoiselle Âge Tendre".
Vous avez noté, âge tendre! Pas âge pute, âge enculatoire préservatif VIH vérifié mensuel.
Non, tendre!
C'est quand même une signature d'époque!
J'etais fasciné par les pages centrales, à agrafer sur les murs, Johnny, Sylvie, Adamo, Alamo Franck, Hugues Auffray; j'en oublie que c'est pas croyable!
On n'agrafait rien du tout, tu rigoles! Les murs. Ca nous serait même pas venu à l'idée.
Je sais bien que tous ces petits gars de mon âge, enfin, cinq ans de mieux! Sont devenus d'effroyables bourgeois gauchistes humanitoroïdes et assidus d' "Arte", mais quand même, pour le plaisir qu'ils m'ont donné, je les remercie sincèrement!
Eux, les garçons fiers et jeunes qu'ils étaient. Les filles ont mieux résisté, semble-t-il.
Dans un prochain numéro, je vous dirai comment je les écoutais yéyéter dans des postes à galène que je fabriquais moi-même!
Vous n'en croirez pas vos oreilles!  
Comme moi, j'ai douté des miennes.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Jeudi 17 juillet 2008 4 17 /07 /2008 19:27

De tout temps, j'ai aimé la musique.
Je ne pense quand même pas que cela remonte au phonographe antiquités de Franconville!
C'aurait été l'inverse; Tino Rossi et autres rossignols laryngogènes, ça m'aurait détourné!
Je vois plutôt ça à Vigneux... 
"Comment?"
"T'es obsessionnel, baron! Encore ce bled?"
"Mais, mon admirateur inconnu, faut bien que je le case quèquepart mon passé antérieur! C'était pas Cannes ou Quiberon, c'était ...voilà c'est ça!"
Alors, je continue; tiens! D'ailleurs, Vigneux, y aurait pas eu des vignes? 
Bon, ça va, au but!
Chez Tonton et Tante, le fils, celui que j'avais coelioscopé sur la balançoire, faisait du violon, (demi ou trois-quart), et assez bien, je confesse! Mais alors, y toucher! Lèse-Stradivarius et représailles certaines.
Je me suis rabattu sur le piano. Enfin, on l'appelait "piano"; c'était plutôt foiraille à touches désaccordées! Mais il y avait des noires, des blanches, qui permettaient de faire des bémols, voire des bécarres.
De plus, les notes sont déjà faites sur le bastringue, c'est tout de même un énorme avantage, en comparaison du violon où il faut soi-même fabriquer l'instrument chaque seconde!
Normalement, c'était bien parti! Mais je ne sais quelle malédiction pèse sur les adultes, qui ont le génie de saloper les plus belles choses avec des ''Méthodes''.
Occurence, Méthode Rose.
Tu parles! Rose? Grise, serait mieux; ennuyeuse, en tout cas et, de toute manière, comme tous les grands travailleurs, j'ai cultivé une extrême paresse.
Exeunt les Méthodes, Rose, Assimil, et les méthodistes, en prime!
Pas de risque, j'étais chez des pentecôtistes.
Tante me mettait des disques sur son Teppaz asthmatique et c'est ainsi que j'ai découvert tout le répertoire des contines, anciennes chansons françaises de Jannequin à Druant pratiquement.
L'ennui, c'est que quand elle partait "en commissions", elle enlevait le saphir, comme mon curé le Saint Sacrement, après Vêpres.
Elle avait peur que je m'en serve, raye les 78, m'électrolyse, je ne sais!
Là, je vous livre le truc que moi seul ai trouvé! Voyez l'esprit pascalien.
Je prends une aiguille de couturière dans la boîte en bois sur pilotis, qui s'ouvre en accordéon par le milieu; de la main gauche, je tourne le plateau et, de la main droite, verticale, je pique mon aiguille.
Je ne vous dis pas d'essayer sur vos vinyls de Grappelli, mais, c'est sur parole! Ca chantait, et encore mieux que sans le courant, avec un petit côté clandestin assez authentique.
Les années ayant déroulé leur tapis inécoulable d'expériences, à dix-huit ans, je chantais sans livret ni musique la Tétralogie complète, quelques cantates profanes de Bach et  l'Enfant et les Sortilèges, l'Heure Espagnole aussi.
Si j'étais équipé micros radio-ondes, je pourrais bien encore maintenant, là! Tout de suite, vous sortir du Lohengrin, de la Belle Meunière ou de la Messe en Si. Si!
Comme quoi, la Méthode Rose, c'est surfait, non?

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 13:05

Je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai une visite à faire! 
Je vous rappelle quand même que je suis médecin.
Un gentil vieux à qui j'avais dit de se mettre sous insuline, bien sûr, il n'en a rien fait!  Et maintenant il est hémiplégique.
Non seulement il m' a pas écouté, mais maintenant, faut que je fasse des visites; or, j'ai horreur de ça!
T'en as toujours de la famille, qui sont soignés ailleurs, par Pasteur ou Laënnec! 
Et qui trouvent tout à redire, qui sont plus médecins que toi!  
Vu qu'ils vont sur Internet et qu'ils doivent lire des articles chez le coiffeur.
Je m'en fous, mais c'est pénible!
En plus, y en a qui te demandent si tu veux te laver les mains (ça se perd, néanmoins); tu dis non!
"Pourquoi, le malade est sale?"
À la sortie, relavage obstiné!
Pour faire vrai et plaisir, tu dis oui; tu vas sous bonne garde à la salle de bains et tu te décrasses, alors que t'es tout propre.
À la réflexion, t'as bien fait de pas le faire au départ car, immanquablement, tu tombes sur un savon sans âge, avec deux poils de cul ou autres, bien incrustés et, pour finir, la serviette éponge humide tiédasse qu'a dû faire sortie de bains une heure avant!
C'est leur sens de l'hygiène et de l'hospitalité.
Quant au café, n' y songes! C'est intime, réserve familiale, c'est pourtant ça dont j'aurais eu besoin.
Au moment de partir, les clés de voiture en main, fin du dévouement! Et ben, non!
La vieille, que je ne soigne pas, elle m'entretient; elle y tient; son mari ceci, cela, qu'est une peau de vache!
Je prends mon sourire attentif amusé, j'écoute! J'écoute pas ma sciatique; elle est contente, elle a pu dire du mal, ça lui fait du bien!
Pas à moi.
Et bien, voilà! Je voulais vous faire rêver avec mes vacances de gosse et je suis parti ailleurs.
Partie remise!
Je ne refais pas le titre, c'était dans l'intention.
Je vais voir mon vieux; je lui ferai le bien que je pourrai! À elle aussi; elle aura mon oreille attentive à ses saloperies.
Putain! La vieillesse, la médecine et les gens qui passent.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Vendredi 18 juillet 2008 5 18 /07 /2008 19:25

Nous partions nuitamment du 18 rue du Château à V..., vers dix heures quoi!
Dans l'Aronde qu'on avait préparé la veille; c'était pour elle, une épreuve; elle ne sortait, en général, que pour aller chanter, prier, flirter avec nos "frères et soeurs" pentecôtistes de Fontenay-sous-Bois!
Ca doit bien encore exister sur la carte.
Bon! La Simca était pleine à craquer. On n'entasse pas grand chose dans cette gentille automobile, et en plus, on était quand même cinq! À y repenser, je ne sais comment cela était possible; pas de galerie, pas de remorque.
Et pourtant, on y arrivait! Et j'ai plutôt des souvenirs de confort, coincés entre nous, dormant, réveillant, changeant de position à l'arrière constamment, au gré des réverbères et des stations-service.
J'aimais beaucoup "Castrol", car, au plein, ils distribuaient des pages qu'on devait plier pour en faire un petit album d'une vingtaine de feuillets, avec des bandes dessinées, des rébus, des histoires drôles et reliqua.
On était fatigué mais on ne dormait pas, trop excités d'aller à la mer!
Seulement, en ce temps, on comptait plutôt en lieues qu'en kilomètres.
Rapport à la vitesse du véhicule!
Nous allions à Chatelaillon; je ne sais plus si c'est un L ou deux, en premier!
Villa des Tamaris.
Oui, monsieur!
Oh! Ne vous attendez pas à Montécarle; c'était une bicoque en ciment, du bord de plage, sans étages; cuisine minuscule, trois chambres, point!
Sur le devant, une petite étendue de sable, close par un muret de parpaings à hauteur de trente centimètres.
C'était vraiment pour faire proprio!
N'essayez surtout pas de marcher pieds nus là-dessus! C'est que des barbelés et des éclats de verre et d'obus.
Souvenirs de bénévoles délivrateurs d'Outre-Atlantique!
Par contre, la plage, hormis les méduses et le varech puant, une anse de plusieurs kilomètres de sable fin! En plein mois d'août, à quatre heures pi-ème, trois familles, au plus! Vous êtes obligés de me croire.
Tous Crusoë!
C'est là aussi que j'ai appris à nager, à faire des courses en sac et à gagner de l'argent dans d'approximatives machines à sous.
Chatelaillon! Le bonheur, la joie, les maillots de bains de coton rouge et, si on était sage, La Rochelle, Fouras, la base de sous-marins et les dauphins qui dansaient avec nous!
Eden, je vous dis! Vous voyez qu'il n' y a pas  que du cafardeux dans mon oeuvre, et c'était vraiment vrai.
Je vous sens frémissants, vous voulez me retenir! Et bien non, demain, la suite!
Enfin, si je ne change pas de voilure.

  

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /2008 12:58

En effet, c'étaient nos maîtres! D'école, de cours; de droit presque divin, et ça nous allait très bien comme cela.
Depuis, nous avons connu les professeurs et, abomination! Cuy jour, les enseignants.
Non! Aux enfants, il faut, il faudra toujours des maîtres.
Il y en avait de bons, de mauvais; rarement dans leurs matières, les mauvais! Des fois dans leur caractère, mais, maîtres ils étaient et élèves nous étions.
C'est encore de l'ordre, de la hiérarchie et du respect; bien sûr, ils nous voussoyaient et retour, pas de copinage possible!
Il y a des lieux pour la canaille, mais l'école c'était, d'abord et avant tout, une transmission de ceux qui savent à ceux qui ne savent pas; c'était pas remis en question, c'était dans l'ordre!
Ils se sont déguisés ensuite en professeurs, terme médical haut gradé, puis (rigolade garantie), professeurs des écoles, bientôt du nettoyage urbain, et ce jour, enseignant!
Ca traduit quand même une grosse perte de substance, une incrédulité à se retrouver manadjjjeur, une impuissance psychologique à aimer, donc à encadrer les autres, une putréfaction de la confiance et du respect de soi et des autres.
Nos maîtres, vous avez remarqué, ça sent l'Ancien Régime dans les villages, (b'soir not' maî'te), évidemment ça ne convenait plus; ni  Dieu ni maître; si!
Un maître tyrannophile et phage, soi-même!
Je les ai aimés, mes maîtres! Je voyais bien qu'ils n'avaient qu'une fringale, nous faire aimer ce qu'ils aimaient.
Ca se sent ces choses- là!
Ce n'était pas que pour le pognon et les ouiquendes.
Pourtant, y en avait pas des toujours tendres; certains, des façons légionnaires (désolé, Édith!), tiens! Vacher par exemple; si! Si! C'est son nom, il avait deux spécialités olympiformes.
Le châtiment doux; du deuxième étage, ton cartable, ce qui y'a sur ton pupitre et zou! Par la fenêtre! On voyait bien qu'il méditait que tu les rejoignes, mais non, quand même, il était papa!
Le châtiment soutenu; "Eric! Venez au tableau".
Je savais même plus dans quel cours on était, arithmétique ou géographie.
Forcément, je séchais!
J'aurais préféré le ni oui ni non, imbattable!
Suite logique, la règle d'acier sur les doigts tendus; point d'honneur: ne pas crier, pas une grimace et merci de rigueur ou, de ses grosses pattes velues, il te prenait la patte, celle des cheveux et il tirait en remontant aux oreilles.
Franchement, je ne lui en veux pas, ses descendants ne me feront pas de procès; c'était mérité et pas question de te plaindre! À la "maison", t'aurais eu le double.
Plus tard, entre "professeurs" et bientôt "enseignants", les élèves prenaient le pouvoir qui se disloquait.
En physique, dès que le prof (diminutif déjà, pas bon signe!) tournait le dos pour écrire au tableau des formules absconces, les grains de riz balançés par les sarbacanes Bic lui retombaient dessus, l'estrade, blanche comme après un mariage!
Encore plus tard, on est passé à la deuxième génération de projectiles!
Quand je dis "on" c'est pas moi, je devrais dire con; con, donc, faisait s'écraser des petits suisses ou des figues pourries, des oeufs aussi!
Je suppose qu'on doit en être aux boîtes de conserve deux kilos confit d'oie!
Tout cela me faisait de la peine, sincèrement, car nos maîtres étaient vraiment dans la détresse; ils pleuraient même devant nous, ce qui redoublait encore le tapis de bombes ou alors ils allaient aux toilettes.
Poussons plus loin!                                                                                           
À Janson, professeur d'Histoire, bien soixante dix ans ( notez!) costume trois pièces gris rayé, noeud papillon, lorgnon, mais oui! Cheveux et fine moustache blanche; lui, il prenait son plaisir à nous raconter la mort du seizième Louis, il jouissait toute la classe, il avait connu Robespierre qu'était trop modéré et le Camille, çui qu'a dépouillé ses parents, et Marat, et Couthon, tous les bienfaiteurs, quoi!
Un jour, je me suis levé et j'ai tonitrué contre l'abruti, qu'avait la "rouge" en prime!
Je l'ai engueulé, traité d'apprenti Samson.
C'était Janson, j'avais seize ans, l'âge de l'irrespect, mais quand même, j'étais bien fier!
Exclusion immédiate.
Maman, qu'était pas contente, quand je lui ai expliqué les raisons, elle m'a engueulé, et puis après, elle a souri!
Je ne vais pas vous les citer tous; néanmoins, je ferai passer à la postérité mon instituteur de onzième ou dixième, il en vaut la peine!
En attendant cet éloge, si j'étais en puissance, mais ne suis, heureusement pour vous! J'enverrais bien la caste supérieure, les enseignants actuels, les nammbeurs ouane, récurrer les ponts des bâteaux et, in fine, les embarcadères et les pontons; ils seraient au bon air sous chiourme vigilante!
J'y ajouterais bien deux trois avocats et autant de dentistes!
C'est pas sans raison.
Je vous dirai ça aussi, je suis inépuisable!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Mardi 22 juillet 2008 2 22 /07 /2008 12:54

Mon instituteur, Monsieur Destolles, était ce qu'il est convenu d'appeler un hussard noir de la République.
Je n'ai su que plus tard, bien sûr, ce que cela signifiait.
Imaginez un homme d'une trentaine d'années, en blouse grise jusqu'aux chevilles, un tableau noir; vert, c'est plus tard! Sous le tableau, une baguette de bois clair pour y déposer les craies.
Fallait l'agilité pour les craies, car, généralement, il les déposait en se retournant; de temps à autre, y en avait une qui s'écrasait sur l'estrade. Et ce n'était pas bon, une craie cassée en biseau, pour reprendre l'exercice! On voyait sur son visage que la craie était un objet de haute importance.
Il était passionné de sa mission, "faisait la classe" comme un moine son ménage, avec la même concentration, le désir du résultat parfait, l'attention humble et patiente. Très patiente!
Jamais un mot plus fort, tout en délicatesse et persuasion douce sous-tendues par un "ferme propos" viril.
Il m'a fait aimer l'école et pas qu'à moi, sans doute!
D'abord et avant tout, il s'assurait que les encriers en porcelaine blanche étaient bien remplis d'encre violette et rouge.
Mais c'était pas suffisant! Il vérifiait la pointe et le tranchant de chaque Sergent Major.
Faut dire qu'on était pas des monstres des huit continents; on avait dû avoir la même enfance et on était du même terroir.
Ensuite, c'est sa magnifique écriture pleins et déliés à la craie au tableau, essayez pour voir!, c'est comme la dentelle ou les ourlets, faut bien quatre générations pour y arriver.
De même, nous essayions!
Après de nombreux scrtcchht et scrttacch éclaboussant nos blouses, ça prenait forme.
Là, il était heureux et on était content pour lui!
La veille des vacances de Noël, le hussard, (communiste il était, je l'ai su après), il nous lisait avec dévotion Les Trois Messes Basses de Daudet, et on était dans l'allégresse muette!
Ou encore de ce bon La Fontaine, les Fables! Pas les Contes évidemment; le plus grand écrivain pour lui, et je ne déments pas.
Quand tout cela était terminé, il nous faisait nettoyer nos pupitres avec du papier de verre pour les taches d'encre; et ensuite, passer de la cire qu'il achetait lui-même, et enfin, cirer et briller.
Mais, il n'était pas encore rassasié du désir de servir! Il savait qu'il y avait des enfants qu'aucune famille n'irait chercher à l'école pour les ramener.
Dont moi!
Que croyez-vous?
Il me faisait entrer dans sa "Traction", une onze chevaux, Citroën, pour ceux qu'ont pas vécu, avec marchepieds et essuie-glaces qui partent du haut.
Elle était belle, sa Onze! Gris clair, lustrée, entretrenue, polie, comme son travail, sa mission, son amour.
J'en vois de temps en temps dans ma campagne, de ces "citrons" toujours aussi propres après cinquante ans.
Forcément, je ralentis, mais la tête du conducteur me ramène au siècle!
Tout ça pour vous dire que je n'ai jamais été démocrate depuis mes langes, encore moins républicain et notoirement pas communiste!
Mais, tout d'un coup comme ça, j'ai des sympathies républicaines et communistes!
Je vieillis!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 /07 /2008 13:08

Une petite pause, d'accord?
Je vois bien que je ne suis pas dans le ton de l'époque! Il suffit d'écouter mes admirateurs, de jeter un coup d'oeillères sur mes confrères, les blaugueurs.
Je fais simple, comme d'habitude! L'essentiel direct, question d'âge!
Mais je suis incapacitant si je vous parle de croupions et éléments anatomopathologiques des environs, de drogue, de visuels cinémaux théâtreux beuglants et bouquins de rebut!
Je ne sais pas écrire comme les "grands" littérateurs, les Jean d' O., les journalistes directeurs de conscience, les Morudini, les rois Tutur, les Courbettes devant le siècle, j'en passe! (les procès!) autrement dit, ceux qui se croient libres alors qu'ils sont en dessous des mercenaires romains qui excitaient la noblesse et la plèbe à dépecer les pauvres gens des arènes; des chrétiens, souvent, comme c'est curieux!
Ces nobles êtres qui nous emmerdent du matin au soir et probablement la nuit, (je ne sais pas, je ne fais plus de gardes de nuit), sont d'une nullité intellectuelle et spirituelle affligeante; je pense qu'ils s'en rendent compte!
Ils baissent la tête devant leurs maîtres, que ceusses-ci voient l'empreinte du collier, et ensuite, jouent les Montaigne et les Bourdaloue devant la populace malpensante.
Je connais leurs techniques! Mauvaise réception, qu'ils disent, et crrrac! t'es coupé; la pub qu'est en retard, un gros mot bien de chez nous! 
Alors que ces porcs causent pire que dans les bordeaux et pensent de même.
Je suis passé assez souvent à la radio et à la télé, car ces crétins n'ont pas leurs fiches à jour! Et des fois, tu te glisses quand même, pour dire ton amertume, ton dégoût, ton bagout; et, recracc!, coupés, incident technique; je connais vraiment à fond leurs méthodes sinistres.
Si tu leur disais tout ça face à mufle, ils seraient étonnés, les cuistres blafards!
Ils se croient géniocrates, c'est l'élite! Et ces domestiques en rajoutent dans l'immondice en crachant sur nos passés nationaux.
Depuis César jusqu'à Ceaucescu, je ne crois pas qu'on ait ouï aussi répugnants devant leurs maîtres! Mais ils sont libres (disent-ils), ils savent bien que c'est faux, qu'ils rendent des comptes.
Ils abrutissent volontairement le peuple; un bon paysan à ce régime, il est bon pour la starattaque, le passage à Interlope, où, l'après midi, les pires déchets de bistrot se vautrent dans leur fange et se marrent entre eux comme des macs qu'ont corrigé une vieille pute!
Je vais vous le dire, mes chéris, tout cela, qu'un temps!
Ce seront les premiers déportés du prochain Gengis Khan!
En ce qui me concerne, en bon chrétien, je les laisserai putréfier flageolant debout!
"Mais non, vicomte, tu pourras que nenni!"
"Et pourquoi, interlocuteur qui m'obliges à poursuivre?"
"Ben, ils seront kapos, mon grand, t'as encore de ces innocences!"

Post tapum: Pour la censure plus féroce que la médiévale ou la Tri-Napoléon, toute personne qui se sentirait visée, soit, devrait consulter un opthlamo, soit changer de site!
Merde!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Vendredi 25 juillet 2008 5 25 /07 /2008 18:37

Nous sommes entre nous, j'ai vérifié! C'est mieux, pour les sujets intimes.
Oh! Rassurez-vous, gourmands. Médecin suis, certes, mais pas proctoblogue!
Les malsains trouveront pas très loin leur pitance rance et sinistre.
Non, je veux vous toucher deux mots de mes amis d'enfance, selon la formule qui veut, que qui se ressemble, s'assemble.
Je ne toucherai que des gentils, pas des détaillants en malfaisance! 
J'ai assez dit pour l'instant, je crois.
Le premier qui me vienne s'appelait Pierrot; je ne sais plus si c'est son nom ou son prénom.
L'énergumène était "coiffé" en brosse comme moi; quant à la tenue, on avait tous la même, alors!
En classe, il était toujours au dernier rang à gauche; son voisin de droite? C'était le vicomte et son voisin de gauche, le radiateur.
Hiver comme été!
Les radiateurs d'antan, c'est pratique! Les énormes en fonte, ça permet de cacher des choses, alimentaires, illustrées.
Pas d'anti-sèches, non! Pas son genre.
Il ne voulait rien faire, n'empêchait personne de travailler, et tout le monde, maîtres y compris, l'avaient oublié là, toute l'année.
En langage sérieux, un cancre!
Je ne crois pas, car en plus d'être près du radiateur, il avait aussi l'avantage d'avoir une fenêtre rien que pour lui.
Et, croyez-moi! Ses études, il les faisait en observant l'extérieur, les arbres, été automne hiver, comment qu'ils changeaient; et les oiseaux, et les greffes qui colonisaient la cour de récré.
Un garçon charmant, toujours affable.
Les seules fois où je l'ai vu mécontent, c'est quand je récoltais un zéro rageusement souligné en rouge trois fois, quand lui-même avait un sur dix! (bien sûr à l'époque!).
Il boudait, mais ça ne durait pas.
Sa fierté en avait pris un coup!
Il a dû devenir poète ou soldat ( notez que je n'ai pas dit militaire, y a une sacrée différence!).
Je ne peux l'imaginer autrement, ça me peinerait.
Quand l'enfant (moi!) se chrysalida en prépubère, j'eus encore un spécimen étonnant.
Je ne me souviens que de sa tête qu'était vraiment remarquable; des poils sur tout le visage et très peu sur le toit, d'immenses oreilles décollées à angle droit, des boutons invraisemblables; enfin, un faciès de cinéma croquemitaine.
Vous pensez si les bienformés se moquaient de lui! Tellement, qu'il pleurait toujours, un miracle de larmes.
Comme j'aime beaucoup les loups mais suis très regardant sur les hyènes et les crotales, j'ai eu pitié, j'espère qu'il a pas vu!
Sa hideur le rigidifiait vif, il ne parlait jamais; aller au tableau était un supplice, sous les moqueries que le maître n'arrivait pas à contenir.
Il m'a tout appris en matière de maquettes bâteau avion automobiles, d'abord en balsa, puis, moyens obligent défaillants, chez Monsieur Heller.
Tiens! En y réfléchissant, ce serait pas la même famille que le lieutenant Heller de l'Occupation qui fréquentait les écrivains collaborationnistes, comme Sartre en particulier.
Mais ça, on connaissait pas à l' époque, on n'en parlait jamais en cours.
Au fur et à mesure qu'on s'éloigne des choses, on en cause de plus en plus; bientôt, à ce rythme, on va se retrouver à Bouvines et à Crécy-la-Chapelle déterrer les survivants.
"Attention, vicomte! Tu t'égares, une fois de plus, de trop!"
"T'as raison, mon Candide, mais y a de la logique dans ce que je dis."
Relisez, vous verrez!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Samedi 26 juillet 2008 6 26 /07 /2008 11:07

Je reste dans la catégorie.
Camarades s'il en fut, furent mes vélos.
J'ai fait exprès le "fufure" pour narguer les puristes!
Le premier vélo dont je me souvienne, enfin, qui fut à moi, me vint de mon père, qui me l'avait offert pour ma Communion; j'ai pas trop vu le rapport, mais l'Eglise et ses sacrements ne l'ont jamais trop bouleversé!
On verra ça au dernier gargouillis!
Donc, ce vélo, c'était un vélo de fille, jaune clair.
Là encore, il a jamais été trop attentif aux autres.
Mais, franchement, j'étais très content! Et je l'astiquais outre mesure; ce sera pareil par la suite; tout ce que je prédilectionne, je l'astique, probablement qu'il ne vieillisse pas!
Pas de dérailleur, vous rigolez! Fallait donc y aller toujours debout sur les pédales au moindre dénivelé.
Pour vous dire la sûreté des temps, je faisais Vigneux Fontainebleau où résidait Monsieur, en une matinée, et retour dans la soirée; le seul pied à terre, aux Pyramides, pour ceux qui connaissent.
Pas mal, hein? À douze ans!
N'oubliais jamais rustine, râpe et colle car c'était bien dans les trois crevaisons par jour.
Chaque fois, j'injuriais le Saint Esprit à haute voix qu'on m'entende bien.
Tonton et Tante m'avaient certifié que c'était le seul péché qui serait pas remis.
Par la suite, ça m'a travaillé cette affaire, mais je pense quand même que c'est pardonné. On verra! 
Le vélo, c'était pour tous, un engin précieux; tous les ouvriers allaient à l'usine avec.
On en prenait soin donc! On n'était quand même plus à l' époque des chevaux et des mules.
Et bien, ils nous ont salopé ça aussi! Et depuis, je hais les vélos, enfin surtout ceux qui croient en faire.
Deux exemples marrants, manants!
À la Ville Capitale, la Privauté a installé en accord avec ses Mignons alcoologistes, des bécanes invraisemblables qui pèsent trois tonnes, qu'ont dû être fabriquées avec les restes des Taxis de la Marne.
Faut voir ces pingouins en costard et escarpins, et ces dames, à poil ou en talons aiguilles (au choix!) dessus;  je vous assure que le Laurel Hardy, y serait maintenant au chômage!
Si ces clowns s'égarent dans nos campagnes, certain que les bovins vont s'effondrer dans l'herbe, sur le dos, les pattes en l'air et mugir de plaisir par centaines.
J'en préviens nos agriculteurs, le lait va tourner! 
Dernier mot pour ces hybrides, pour rendre service! Installez les deux petites roulettes obliques à l'arrière, vous y gagnerez.
Essayez, au moins!
Le deuxième exemple, mais celui-là me fout en rogne, c'est les cyclistes amateurs du dimanche des campagnes départementales et vicinales.
L'ennemi du genre humain! Enfin, ce qu'il en reste.
On les reconnaît très facilement.
Une vraie pollution visuelle!
Je demande pas à tout le monde le treillis, mais quand même, y a de l'abus!
Leurs petits croupions épilés, coincés dans du rose fluo, des maillots moulants vert jaune rouge tout aussi fluos, pour que le vent glisse mieux; les cons! Le tout, une fortune!
Ces maniaques se déplacent en bande, ça les excite! Ils envahissent nos campagnes, tellement y  s'y plaisent pas dans leurs banlieues qu'ils ont laissé pourrir; maintenant, ils viennent nous emmerder; après, ce sera la Lune.
Sur le dos, pour que nul n'en ignore, en grosses lettres: "AS Trouducq", "AS Pédales", et des tas d'autres "AS"!
Si t'es en automobile, comptes pas doubler! Là, ils ralentissent, écartent le bataillon jusqu'au talus.
Ils attendent qu'une chose, que tu cornes! Alors ça, pas ce plaisir!
Ils jouiraient sous eux!
Ca encore, c'est rien, mais quand je suis en détection avec ma poêle, dès que ça sonne, et c'est souvent! je me mets à genoux pour creuser.
Là, le festival de ces distingués!
"Eh, mon gars! (authentique, on croirait des féodaux imbus) tu veux que je te coloscopise (j'édulcore)?". Autre version rigolote: "t'as fini tes prières?"
L'envie me prend bien d'en finir un ou deux au gros au sanglier, mais paraît que c'est interdit, que c'est pas l'ouverture, dommage!
"Je te trouve bien grossier haineux, vicomte! ce matin."
"Alors là, mon marquis, la seule vulgarité qui vaille, prise en compte, c'est celle des âmes, leurs culs fluos et leurs cycles à une patate, il suffit!" 
 

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /2008 11:35

De la gare de Vigneux, sise deux kilomètres à pied de ma pension, je prenais la Micheline pour aller à Paris, visiter ma maman, car elle y habitait.
J'aimais bien les michelines rouge et crème silencieuses; en plus, Tante, elle s'appelait Micheline (prénom de l'époque), et j'étais donc en confiance.
Ma mère avait trouvé une sous-location au 122 Boulevard Murat, chez une demoiselle d'une soixantaine, Mademoiselle Cosset.
Je nomme, car c'est une des rares personnes que j'ai aimé, qui m'aimait et qui ne m'a jamais foutu en croix pour remerciements!
C'est rare en tout temps.
C'était une femme minuscule de taille, pas maigre; mais d'esprit et de délicatesse!  
Alors là, il faudrait que je vise le Littré, mais j'ai la flemme de chercher les mots qu'il faudrait.
Elle était artiste peintre,"École du Louvre"; une vraie, toute en travail, des mois sur une sanguine ou un immense tableau, au pinceau ou au couteau.
Ses toiles étaient magnifiques, parlaient au coeur, qu'il s'agisse de fleurs, de moulins ou de portraits de berbères.
C'était pas "l'art" moderne! T'amènes le support aux vécés et tu te laisses aller! 
Y a un public pour ça; en plus, ça vaut très cher le gramme.
La bonté primordiale, la gentillesse, l'attention!
Elle avait pas d'enfant, elle avait perdu son fiancé dans la boucherie Quatorze et depuis, comme dans l'Évangile, elle ne connaissait aucun homme.
J'étais son enfant, c'est sûr! Elle passait ses soirées avec moi; on écoutait les "Compagnons de la Chanson", (Fred Mella, grand chanteur!), on confectionnait des dattes fourrées avec de la pâte d'amande (j'ai horreur) rose verte jaune, qu'on sucrait semoule et qu'on déposait délicatement sur des papiers dentelés exprès pour.
Elle m'initiait à l'art du pliage, du cartonnage; fabriquait toutes sortes d'objets utiles, sous-mains cuir et carton, boîtes de toutes tailles qui servent encore!
Pendant ce temps, ma mère était dans sa chambre neuf mètres carrés, se démaquillait, allumait sa lampe Berger.
L'odeur des Gitanes! Elle fumait beaucoup; plus tard, elle a eu deux cancers et de l'asthme. Elle en est morte longtemps après, à l'âge où de toute façon, t'as plus de raison de t'attarder. 
Mais là, elle se préparait pour la nuit! Bigoudis avec foulard dessus, je sais pas comment on peut dormir avec la ferraille; elle écoutait une émission policière à la TSF, fumait une dernière, mettait ses boules Quiès, somnifères, et hop! Coma.
Quand on avait fini avec Mademoiselle Cosset, je me glissais silencieusement dans la pièce et je m'étendais sur un lit de camp plein de tubulures acier! Évidemment, pas de place! Et je cherchais le sommeil sur le dos; impossible de bouger!
J'aimais bien entendre les voitures rouler sur les pavés mouillés du boulevard Murat, et je voyais les reflets vert et rouge des feux qui rentraient dans la pièce, comme des guirlandes de Noël.
J'ai tellement de choses à dire pour lui faire un tombeau! (mais oui, comme Couperin, un hommage, quoi!), qu'il faut que je remette, mais ça se fera, je ne suis pas oublieux! Ce sera ardu de rendre son rire, sa marche, ses yeux, mais je vais travailler; sûr que j'y arrive!
En plus, je vous dirai le marché, Sainte Jeanne de Chantal, sa mère à elle, le métropolitain, j'en oublie!
Vous verrez, y a matière!

 

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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