Dimanche 4 janvier 2009

Elisabeth, elle a bien voulu.
C'était pas un exploit, ni la Carte du Tendre.
Il suffisait de demander gentiment et d'être pas trop repoussant.
Je l'ai connue à la création du Front National.

Elle venait du Mouvement Solidariste, une spécialité d'activistes velus qui avaient déclaré la guerre au Soviet Union.

Ils étaient en lien avec des filières d'émigration du glacis bolchevique et avaient leurs entrées à Radio Free Europe et autres repaires de barbouzards yankees.

C'étaient des gars et des filles très courageux et pas mal ont payé de leur liberté, ou plus encore.

Donc, Elisabeth, c'était une de ces filles pleines de bravoure, qui évoluait dans un groupement très structuré.

J'avais entendu parler des Solidaristes mais nous, à Ordre Nouveau, on préférait la guerre civile.

Y a moins à chercher et très peu de transport.

Faut quand même que je vous brosse un croquis.

Russe par ses parents, française de papier et de coeur, elle avait déjà un embonpoint sournois, mais de ceux qui annoncent plutôt la joie de vivre et les promesses de détente.
De grands yeux bleus et des cheveux blonds, elle aussi.
Quand je l'ai connue, elle sortait à peine de démêlés avec la "justice", car elle avait grimpé avec des potes à elle sur un croiseur soviétique qui faisait escale au Havre.
Pas mal, quand même, non?
On était jaloux et admiratifs.
Ils avaient déployé des banderoles sur le cuirassé, avec des slogans injurieux pour Brejnev et l'empire des vampires.
Pendant ce temps, nos vaillants intellectuels bouffaient des petits fours chez des animateurs de télé complaisants à vendre leurs sales bouquins.
L'affaire avait été chaude et le consul s'en était mêlé, car les épaulettes rouges du destroyer, voulaient les mettre à fond de cale avant d'aller leur faire prendre l'air frais au Kamtchatka.
Ses parents logeaient pauvrement du côté de la place Pigalle, mais en seigneurs, comme tous les Russes.
Sa mère m'avait adopté et signalait son affection par le surnom de Prince Eric, l'icône(c'est le cas de le dire) de la littérature scoute.
Sauf que j'avais rien d'un éclaireur.
Bien sûr, ils étaient orthodoxes et de temps en temps, on allait rue Daru assister au Culte.
C'était très beau et me changeait des "célébrations" minables de nos églises, que d'ailleurs je ne fréquentais plus.
Je crois que sa mère m'aurait bien vu en gendre, mais ça s'est pas fait.
Au Front National, elle a apporté son militantisme sérieux et il a fallu beaucoup d'énergie pour lui interdire le S.O.
Je ne sais plus le nombre de coups qu'on a fait ensemble, (je parle d'actions militantes!) mais ça doit être registré dans quelque officine policière gaullarde ou bolche, donc la même.
Et puis, la vie, et reliqua...
Je l'ai revue il y a quelques années dans une manif du Front.
Je l'ai pas remise tout de suite, car il y avait autour d'elle une couronne d'enfants, et elle faisait progresser son quintal en chaloupant.
Son mari, lui, je l'ai bien ciblé.
C'est un ancien camarade d'Ordre Nouveau qui a arpenté tous les couloirs des ergastules gaullistes, aussi bien pour agitation politique que pour ravitaillement personnel.
Ils ont pas varié, même si le temps a passé.
C'est bien!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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