Dimanche 11 janvier 2009

Ma maman, elle était indigne nationale.
Cela ne dira rien aux veaux de l'année, mais pour les anciens...
Indigne nationale, c'est juste avant le peloton d'éxécution.
C'est une catégorie de mauvais français que De Gaulle, il avait inventée, pour se justifier d'être resté à Londres pendant le Second Etripage Moundial, sous les moqueries de Churchill et le mépris de Roosevelt.
Et bien, les français qui avaient pas la chance d'être gradés et d'avoir un avion, ils sont restés sur le sol.
Et pour la majorité, les Boches, ça valait mieux que les communistes.
Les femmes ne faisant rien à moitié, à l'inverse du sexe paraît-il fort, ma maman, elle était militante à vingt ans chez Marcel Bucard, un socialiste encarté qui avait viré national-socialiste.
Comme Doriot, de communiste à national-communiste.
Comme disait quelqu'un d'intelligent de l'époque, le problème n'était pas de faire son "devoir", mais de savoir où était son devoir.
Donc, ma maman, qui ne faisait pas les choses à demi, non contente de faire son devoir chez Marcel, avait aussi fait des rencontres.
Et en particullier de mon père, qui était le fils d'un médecin célèbre du Havre, très connu et très respecté, qui partageait un hôtel particulier avec l'évêque.
Vous suivez?
Ma maman, elle est devenue gouvernante des enfants de Marcel Bucard et c'est là qu'elle a rencontré mon papa, qui était un adolescent probablement en manque.
Et me voila.
La difficulté, c'est que les choses n'ont pas tourné comme on l'espérait, sauf chez les Brits et les Bifs, et que ma maman, elle est restée à ses fidélités.
Y aura jamais que les femmes pour nous éduquer.
Et à la Libération, elle s'est retrouvée à planquer Bassompierre qui était le grand chef de la Milice.
Malgré que le frère de Bassompière, il soit aviateur FFL et qu'il ait déposé au procès, ça n'a pas évité à l'ainé le poteau.
Quant à ma maman, c'est pas passé loin.
Certes, De Gaulle ayant rétabli la dignité de la femme, logiquement, elle aurait eu droit aussi à une salve.
Mais Dieu n'en avait pas décidé ainsi.
Concernant mon grand-père qui était adjoint de Darnand, milicien donc, pour la Zone Nord, il a été buté par des communistes, en plein bombardement allié de Strasbourg.
J'ai appris tout ça très tard, alors que j'étais déjà médecin, comme mon grand-père.
Son fils, mon papa donc, l'a renié.
Faut dire qu'il faisait une carrière dans l'armée coloniale et que cela devait nécessiter des sacrifices.
On devrait se méfier des fils.
Quoi qu'il en soit, cela explique que je me sois retrouvé à sept ans du côté de Beauvais, en pension chez la meileure amie de ma mère qui avait épousé un officier d'Occupation et qui travaillait chez Peugeot.
Pour les historiens que cela intéresserait, j'ai toutes les lettres de Bassompierre écrites à ma mère de la prison de Fresnes, quartier des condamnés à mort.
Et des tas d'autres choses intéréssantes.
Du Front de l'Est, en particulier.
Mon oncle, à 21 ans, était Panzergrenadier de la Charlemagne en Poméranie, où il est mort, laminé par un char soviétique.
Là aussi, j'ai le courrier.
La poste nazie est très bien faite.
Que conclure?
Une de mes patientes nonagénaire a été soignée par mon grand-père au Havre, et elle en garde un excellent souvenir. Elle avait huit ans. Chaque fois qu'elle vient au cabinet, elle me demande s'il va bien.
J'ai pas le coeur à lui expliquer.


Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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