Vendredi 6 novembre 2009

Ce soir, oui! Ce soir, car il est 21h34 (heure d'hiver), je pose mes affiches, je ne chante pas : "On va leur percer le flanc, le p'tit Robert s'ra content", comme on avait coutume, lors des échauffourées, en reprenant la musique de la Garde de l'Empereur.
Le p'tit Robert, c'était Alain Robert, le responsable d'Ordre Nouveau.
Chanter a toujours donné du sens, du courage, de l'entrain.
On chantait beaucoup à l'époque. Dans tous les coins, tous les partis, toutes les tavernes.
Roger Holeindre s'en souvient. Il avait ouvert un restaurant pas loin de la rue des Lombards où se terrait la peste brune et, on allait régulièrement prendre nos aises chez lui, pour un diner.

A l'addition, il levait la main et disait:" C'est pour moi, les gars!".

Tu parles si ça a été pour lui, le pauvre vieux ! (en fait, quarante ans, à l'époque).

Son restaurant, à notre cher camarade, on lui a coulé en trois mois.

Dès que des bourges s'installaient dans ce gentil resto du Marais, nous, on arrivait en gueulant les chants de marche de la Leibstandarte ou Erika; des fois, un peu de Bruant. Mais, plus souvent, le Horst Wessel Lied, en hommage à un  type de notre âge, Horst Wessel, une des premières victimes du NSDAP dans l'Allemagne de Weimar.
En fait, je voulais pas vous parler de tout ça en particulier.
C'est venu tout seul.
Non plus, de cette matinée pluvieuse à Paris, où j'ai réservé un taxi pour me rendre à l'Ambassade d'Espagne.
C'était la mort du généralissime Franco.
Je m'étais pointé comme ça, à l'instinct! C'est pas que j'avais une admiration farouche pour le Caudillo, mais, comme tout Le Monde le honnissait, j'avais commencé à lui trouver des vertus.

Du jour au lendemain, Phalangiste et Division Azul à moi tout seul.
Je rentre dans le bâtiment haussmannien, je vois un gigantesque portrait du défunt, pétant la forme, (la photo, il avait cinquante ans, dessus!); le tout, crêpé de noir et plein de tentures rouges autour. Ambiance vampire, un peu!
En face du mémorial, un bureau et un officier d'ordonnance qui tient registre.
Je tourne le dos au mec, me place bien devant le Bahamontes, fais un claquement de talons bien sonore et lui adresse un salut romain qu'on n'a pas vu depuis les arènes et l'Adolf.
Le planton, il est vert!
Je signe le registre sous le regard haineux de l'attaché qu'était déjà passé au Roy félon et me rengouffre dans mon taxi.
Et voilà!
Je voulais me promener à Vigneux, douze ans, et me retrouve à Paris en 75.
On n'est maître de rien, décidément!
Bon! Vigneux, ce sera demain.
Cochon qui s'en dédit!
J'ai mis Erreur d'aiguillage en titre, alors qu'en fait, j'avais premièrement inscrit Retour vers l'Enfer.

La transition sera plus facile demain, quand je reviendrai 18 rue du Château, à Vigneux, chez Tonton, le chef de gare de Juvisy-Triage.

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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