Mercredi 11 novembre 2009

Les hommes m'ennuient.
Moi-même, je me suis à charge.
J'ai vu trop de morts. D'abord, de mes camarades de combat qui partageaient le même idéal que le mien.
Savoir, ne riez pas! Refaire la France telle qu'elle devrait être.
Chrétienne, rurale, blanche et fraternelle.
Ensuite, les extases divergeaient. Certains étaient pour le retour du Roy. D'autres, comme moi, auraient préféré l'instauration d'un régime national-révolutionnaire avec un Parti Unique totalitaire et une large délégation aux anciennes Provinces sous forme de Parlements Régionaux, pourquoi pas?
Et puis, un syndicalisme ouvrier suffisamment puissant pour surveiller de près la bourgeoisie qui a trahi depuis longtemps sa mission et dont le seul intérêt consisterait à lui chouraver son immonde pognon.
Mais, nous avons échoué.
Je pense que c'est parce que nous n'étions pas décidés à mourir pour cela.
Oh! Certes, les journées de prison et d'hosto ne nous ont pas été épargnées, mais l'époque n'y était pas.
Et puis, nous avons vu monter les foules étrangères par cohortes entières qui ont occupé notre pays avec la kollaboration active des excrémentiels politiciens de dauche et de groite.
Egalement, au fur et à mesure que s'étendait la vague des libérations en tous genres, montait en puissance la dégénérescence morale et spirituelle de notre peuple, qui pourtant, de ce point de vue, était déjà bien entamée.

Si bien que, çuy jour, je suis un émigré moi-même, un parfait étranger sur la terre de mes pères.

Tous les jours, ce n'est qu'accumulation de crimes sordides, d'enrichissements crapuleux éhontés, de lois ignobles votées par des députains atroces qui, au lieu de résister à la barbarie envahissante, l'encouragent pour "accompagner la Société".
La seule émigration possible est un repli intérieur avec la ferme intention de ne participer d'aucune façon à ce pandémonium cancériforme.
J'ai assisté à trop d'agonies aussi, parmi mes malades.
A chaque fois, je meurs un peu aussi.
Les familles ne comprennent pas pourquoi je ne répond pas aux faire-parts.
Je ne peux pas! C'est tout.
En ce moment, c'est l'hécatombe. Toute une génération disparaît, la dernière génération française.
Celle qui a trahi, quand même! Qui a abdiqué.
Et autant, je les accompagne comme je peux, comme j'ai fait pour maman, autant je les hais d'avoir accepté cette involution, ce collapsus.
Maintenant, ils se révoltent, ils râlent, on les y reprendra plus, disent-ils!
J'en suis pas sûr.
Et puis, il est bien temps!
A une époque, j'ai pensé que le terrorisme était une solution pour secouer, pour réveiller La Belle au Bois Mourant.
A la manière de nos adversaires de la Rote Armée Fraktion ou des Brigades Rouges.
J'ai vite réalisé que j'allais y perdre mon âme et j'ai abandonné après quelques tentatives que j'aurai souhaitées plus dévastatrices.

Maintenant, j'attend que tout finisse.

Qu'on n'en parle plus.

Que je ne saigne plus chaque fois que j'allume la radio ou la lucarne.
J'ai passé la frontière depuis longtemps!

Par VICOMTE DE LINIERES - Publié dans : Souvenirs
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