Ma première année de Médecine avait pour cadre champêtre les paysages vallonnés d'Orsay.
La Faculté des Sciences s'étalait face à la campagne environnante comme un défi moderne à l'ancestrale agriculture.
Bâtiments neufs, métalloïdes, ajourés de béton discret.
Le campus était immense et trouva vite son utilité.
En effet, en 1969, des révolutionnaires bourgeois avaient décidé qu'il était interdit d'apprendre.
C'était l'époque où un grand penseur trouvait l'orthographe "fasciste".
Ces nantis, vêtus des oripeaux de Gavroche, achetés chez les meilleurs fourreurs du Sentier ou de l'avenue des Ternes, s'étaient mis en tête qu'ils étaient l'avant-garde du "prolétariat en lutte".
Si bien, que les accès étaient cadenassés, les récalcitrants intimidés. Le tout, dans une débauche de prospectus vantant les mérites de Mao, Lénine et Marx.
Nous, étudiants "non politisés", c'est-à-dire très jouisseurs avec plafonnier au sous-sol, laissions faire et on passait notre temps sur les pelouses, à ingurgiter des sandouiches et des boissons.
Cela étant, et bien que bénéficiant d'un automne estival, le trajet matin et soir de plus d'une heure, pour se vautrer sur les plates-bandes, manqua vite d'intérêt.
Non que nous soyions inquiets pour notre avenir. A vrai dire, on s'en moquait royalement.
On était jeunes et sûrs de réussir.
La suite prouva que oui.
C'est à cette époque que je fis la connaissance de Michel qui entamait comme moi (du moins, le croyait-il), une brillante carrière médicale.
C'est le fils du dernier Gouverneur général des Comores. J'en parlerais de cet homme, car il le mérite; mais pour l'heure, il est devenu Alzhameurien et ses enfants le prennent à tour de rôle chez eux.
Avec Michel, c'était comme Montaigne et La Boétie.
Il était, comme moi, présent tous les jours sur le campus, à ne rien faire.
Mais nous tenions à honneur d'y être, ne serait-ce que pour ne pas décevoir nos parents qui faisaient les trésoriers.
De temps à autre, des démocrates de droite manifestaient prudemment en lançant des injures tirées de Bossuet et de Lammenais, à l'encontre des "piqués" de glaive gauchistes.
Les cadenas et les chaises entassées ne bougeaient pas d'un centimètre pour autant.
Et puis, un matin, un gros brouhaha envahit l'allée, on entend des cris d'adjudants, des "Oh! Oh! On vous fera la peau" et, natürlich , on se dit: " C'est les gardes mobiles! Au moins,
les CRS-SS."
Erreur de Blücher. C'était une dizaine de gars en blouson de cuir noir avec des casques noirs (jusque là, c'est logique) mais avec des croix celtiques joliment décorées blanches sur la proue.
Un cri d'angoisse parcourut les rangs hirsutes bolchéviques de chez Castel et tout ne fut plus que coups et cris, ballet de jambes cassées et de nez déviés et.... la paix revint.
C'était le passage trombeux d'Occident!
La méthode me parut, à Michel et à moi, un peu... disons! Croisadière.
Pendant quinze jours, les cours reprirent, ce qui me permit d'étudier à fond le Code Rousseau, car franchement, les études proposées consistaient essentiellement en des cours de
Physique, savoir: mesurer le déplacement d'un pendule (j'avais pas prévu d'être magnétiseur) ou calculer la quantité de propergol à embarquer pour mettre une fusée en orbite ( je n'invente
rien).
Je ne sais si Madelin et Longuet faisaient partie de ce commando d'Occident.
Ils se sont reconvertis dans une violence autrement outrageuse.
L'économique!
Avec talent, semble-t-il.
Un an après, je portais la croix celtique agrafée au revers droit de mon imperméable, à la Fac comme dans le métro. Elle était en métal blanc.
Encore un an, et j'arborais le même insigne. Mais cette fois, blanche sur fond noir, avec vis (un pin's, quoi!).
J'étais cadre d'Ordre Nouveau et après de nombreux coups reçus et donnés, je fondai avec mes camarades le Front National que j'ai quitté pour cause
d'embourgeoisement (pas le mien, hein!).
Ah! Michel est le parrain de ma fille aînée qui s'est mariée il y a quinze jours.
Il était là, bien sûr! On se voit tous les ans, depuis trente ans, à Noël.
Lui, il avait pas la tête politique. Il a voté Servan-Schreiber, Giscard, Chirac, Sarkozy.
On s'engueule pas pour autant.
Il est banquier, çuy jour!
| Décembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||