C'est une après-midi de novembre à la Sherlock Holmes.
Crachin, humidité qui pénètre les chaumières, feuilles qui ne se ramassent pas à la pelle, membres et encéphale engourdis.
Je ne sais pas jouer au violon une partita de Bach ni m'enfiler un peu d'héroïne.
Et personne ne montera l'escalier en bois, ne frappera avec un code particulier et il n'y aura pas non plus de gamin des docks.
J'ai bien ma pipe, mais j'en suis à la quinzième, depuis 6 heures ce matin. Et, j'ai les hémorroïdes qui sont tapies pas loin.
De plus, je n'ai plus qu'un suppositoire disponible et je retarde au maximum l'enculage pharmaceutique.
J'hésite entre Vigneux et la Fac, ce qui fait quand même un décalage horaire d'une vingtaine d'années.
J'ai annoté un peu les programmes télé, par principe.
J'ai laissé une vacherie sur Marine Le Pen.
Faut dire que je l'ai un peu connue, tout de même!
La dernière fois qu'on s'est vu, c'était en 2 002, à l'Opéra.
C'était la grande presse d'entre-deux tours.
Avec Poupou, quand on allait camper en Bretagne, à Porspoder, et qu'on finissait par crever de faim, on se rappelait que le camarade au bandeau à la Moshe Dayan, il créchait à La
Trinité-Sur-Mer.
Je l'ai peut-être dit ailleurs, c'est possible!
Et chaque fois qu'on frappait au portillon, y avait toujours Pierrette, ou lui, pour nous ouvrir et nous inviter à passer la journée, repas du midi et du soir compris, et à nous supplier de rester autant de temps qu'on voudrait.
A les écouter, j'y serais, cette heure, au bord de mer.
Le Pen, c'est un type intelligent, cultivé et très sensible.
Mais, il en a beaucoup bavé et ça a marqué son caractère. On se ressemble un peu, de ce point de vue.
Sous le soleil, pendant que Pierrette alimentait le barbequioue, Jean-Marie préparait les brochettes.
Poupou et moi, on glandouillait sur la terrasse.
Pas tout à fait! Je m'occupais des gosses. Y en avait deux, je crois!
En tout cas, la Marine nationale, je l'avais sur les genoux avec sa couche.
J'en suis certain! Poupou, il trouvait que c'était pas digne d'un cadre d'Ordre Nouveau d'avoir un gniard sur le djinne.
D'un autre
côté, Le Pen, il était un peu obligé d'être olympien.
Car Poupou détenait le fichier du XVème et moi, celui du XVIIème.
En effectif militant, c'était pas les Phalanges Macédonniennes mais, en célébrités discrètes et pognonteuses, c'était pas à mépriser non plus.
J'ai déjà dit ailleurs. Mon fichier, je l'ai brûlé quelque temps après, sous des menaces de mort clairement exprimées.
Poupou, qu'était un vaillant, je sais pas ce qu'il a foutu.
Je sais, par contre, qu'il n'a jamais adhéré au Front National dont on est, tous les deux, membres fondateurs.
Mon camarade du XVIème, il est toujours dans le circuit, et il est même médecin et Conseiller Municipal à Chantilly.
Bon! Allez. Je pose la Marine ci-devant nationale et je vais ramasser des feuilles.