Souvenirs

Mercredi 11 novembre 2009

Le Président de la République
    VINCENT AURIOL, Président de la République; très sensible à l'envoi que vous lui avez fait de votre ouvrage NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS, vous en remercie et serait heureux de vous voir, lors d'un de vos prochains passages à Paris.
2 décembre 1948.
  Réponse
Monsieur le Président, je vous remercie de m'avoir accusé réception de mon livre NOUS N'IRONS PLUS AU BOIS. Je vous avoue que j'ai été extrêmement surpris de recevoir votre carte et que vous m'y disiez que vous seriez heureux de me voir "lors d'un de mes prochains passages à Paris". Toute ma vie, je regretterai que vous ayez refusé de me recevoir, à la veille de l'éxécution de Bassompierre. C'est la raison principale pour laquelle il n'y a pas pour moi de prochain passage à Paris. Vous m'excuserez donc, Monsieur le Président, de ne pas défèrer à votre désir. Ce qui est fait, est fait.
       Monsieur le Président, je crois en Dieu. Je le supplie de protéger la France et de vous bénir.
             R.L Bruckberger 
                  
J'ai reproduit, ce 11 novembre, un texte original que j'ai en archives et qui est un échange entre Vincent Auriol , Président, et le Révérend Père Bruckberger, ancien résistant, un vrai, et qui était devenu l'ami du Chef de la Milice, Jean Bassompierre, fusillé le 20 avril 1948.
On fusillait encore en 48.
On fusillera encore en 62.
En effet, un comité prestigieux venant de se constituer pour la défense du Maréchal Pétain, le président Vincent Auriol avait réagi à ce crime de "lèse-République" en refusant d'épargner la vie d'un des chefs de la Milice qui, après la mutinerie survenue le 14 juillet 1944 à la prison de la Santé, avait réussi, lui, à sauver celle de 372 détenus sur les quatre cents dont les Allemands exigeaient qu'ils fussent fusillés sur le champ.
Fait prisonnier par les Soviétiques au cours des combats de Poméranie, Bassompierre avait pu, en 1945, gagner la France puis l'Italie, où, dans sa générosité, il avait offert son billet de passage pour l'Amérique du Sud à son camarade de la Milice et de la Charlemagne Jean de Vaugelas, parce que celui-ci, père de famille, devait plus que lui être protégé.
Maman, étant indigne nationale, et ayant au péril de sa vie, caché Bassompierre pendant des mois, celui-ci a correspondu avec elle, de sa cellule de Fresnes toute l'année 1947.
L'écriture est belle, à la plume, avec le cachet  PRISON DE FRESNES-CENSURE, et son courrier adressé à différentes demoiselles qui ne faisaient qu'une, savoir Maman.
Une de ses "couvertures"était Mademoiselle Guillaume 11, rue Leconte de Lisle Paris 16 ème.
J'ai tous ces documents originaux dans mon bureau.
Au hasard des dates, je sortirai des papiers un peu exemplaires et qui témoigneront de deux choses.
1°) Il y avait des résistants courageux pour défendre des partisans de l'alliance avec le Reich.
Impensable, ces temps-ci!
 2°) A tout hasard, pour démythifier la chaîne la plus mensongère, la plus déformante et la plus imposturante sous couvert d'objectivité: ARTE, que même les Soviets auraient pas rêvée.
                        11 NOVEMBRE 2009
          HONNEUR AUX BRAVES DES DEUX CAMPS          

B
isous, Maman!

Je passe au cimetière dès que possible.

Par VICOMTE DE LINIERES
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Mercredi 11 novembre 2009

En 1983, un changement imprévu a surgi, que je continue, vaille que vaille, à développer depuis.
J'ai été converti au catholicisme.

J'ai mis en italiques, car on n'a jamais fini l'accouchement initié.

Bien sûr, j'étais baptisé! Tout le monde l'était, à l'époque.

J'avais été catéchisé, porté la belle aube de Communion Solennelle et j'avais une foi vive pour mon âge.

Mes différentes pensions n'avaient en rien entamé cette disposition qui me rendait compagnon des Anges et qui adoucissait cet exil (déjà!) qu'a été mon enfance.

Le passage chez Tonton et Tante, fervents pentecôtistes, et d'une vie exemplaire, m'avait conforté dans cette voie, ne m'avait troublé en rien, et je prenais plaisir à fréquenter ces groupes sectaires si chrétiens, si fraternels, si solidaires.

Je me disais que si les catholiques étaient comme eux, ce serait la Parousie au quotidien.
Et puis, pas très original, évidemment! L'adolescence débarquait avec ses exigences insatiables de plaisirs en tous genres, particulièrement celui de la reproduction.
J'ai résisté autant que j'ai pu, mais j'ai fini par déclarer que c'était Dieu qui était vache d'opprimer ainsi les pauvres garçons qui avaient des besoins.
Vers quinze ans, j'ai tout plaqué et m'en suis senti mieux.

A 33 ans (mais oui! L'âge du Christ!), j'ai renoué avec Lui, ou plutôt, c'est Lui qui s'est souvenu de moi, alors que je ne demandais rien.
(Les détails sont absolument pas publiables, car, d'après certains moines et prêtres, cela relève de ce qu'ils nomment les "grâces extraordinaires", et de toute façon, personne ne me croirait. Et personne, non plus, ne SAIT, femme et enfants compris).
J'étais installé depuis cinq ans et marié depuis quatre.

J'avais déjà une fille et la seconde arrondissait le ventre de ma femme.

Comme je suis pas réformable ad vitam aeternam, je me suis lancé à corps perdu et à âme sauvée dans le projet.
Car le but du chrétien est la sainteté. Sinon, vaut mieux jouer au Monopoly!
J'ai commencé à lire tous les Pères de l'Eglise, les Ecrits Spirituels des grands saints et, des Traités de Doctrine.
Ce fut un éblouissement que je n'avais pas connu auparavant et toute ma vie s'en trouva chamboulée.
Elle l'est toujours.
Les conséquences ne se firent pas attendre.
Je ne prescrivis plus la pillule, me battis contre l'avortement et ne gardai rien pour moi, donnant aux pauvres ce qui aurait pu m'être nécessaire.
Et cette joie immense  qui surpasse toute joie!
Exerçant dans un petit bourg à forte proportion catholique pratiquante, je fus accusé par les uns, d'intégrisme, et par les autres, de protestantisme.

La sanction fut immédiate et me trouvai ruiné, toute ma pratique désertant mon cabinet sous les hourras du curé du lieu.
Parallèlement, ma femme païenne vietnamienne demanda le baptême à ma grande surprise et nous continuâmes à croître et multiplier.
Avec cinq enfants, nous étions un peu minces, les familles amies en disposant de huit à douze.
(Mon fils, pendant que je tape ce pensum indiscret, est en train de me retapisser la mezzanine du premier).
Ruiné, mais pas abattu pour autant!
Des amis chrétiens nous fournissaient en vêtements pour les enfants et mon cher curé (celui qui vient de marier mon aînée) venait diner toutes les semaines avec sa vieille soutane râpée et son béret basque.
Avant son départ, il me disait: "Je vous ai laissé des images sur votre platine".
Et dans l'enveloppe, il y avait toujours de quoi manger pour un mois et de payer les factures.
Plusieurs fois, dix-mille francs. Une brique, quoi!
Comme j'avais bien compris que je ne pourrais plus exercer la médecine d'une manière chrétienne, à 35 ans, je me reconvertissai dans l'immobilier.
Cette galère-là dura deux ans. 

Par VICOMTE DE LINIERES
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Mercredi 11 novembre 2009

Les hommes m'ennuient.
Moi-même, je me suis à charge.
J'ai vu trop de morts. D'abord, de mes camarades de combat qui partageaient le même idéal que le mien.
Savoir, ne riez pas! Refaire la France telle qu'elle devrait être.
Chrétienne, rurale, blanche et fraternelle.
Ensuite, les extases divergeaient. Certains étaient pour le retour du Roy. D'autres, comme moi, auraient préféré l'instauration d'un régime national-révolutionnaire avec un Parti Unique totalitaire et une large délégation aux anciennes Provinces sous forme de Parlements Régionaux, pourquoi pas?
Et puis, un syndicalisme ouvrier suffisamment puissant pour surveiller de près la bourgeoisie qui a trahi depuis longtemps sa mission et dont le seul intérêt consisterait à lui chouraver son immonde pognon.
Mais, nous avons échoué.
Je pense que c'est parce que nous n'étions pas décidés à mourir pour cela.
Oh! Certes, les journées de prison et d'hosto ne nous ont pas été épargnées, mais l'époque n'y était pas.
Et puis, nous avons vu monter les foules étrangères par cohortes entières qui ont occupé notre pays avec la kollaboration active des excrémentiels politiciens de dauche et de groite.
Egalement, au fur et à mesure que s'étendait la vague des libérations en tous genres, montait en puissance la dégénérescence morale et spirituelle de notre peuple, qui pourtant, de ce point de vue, était déjà bien entamée.

Si bien que, çuy jour, je suis un émigré moi-même, un parfait étranger sur la terre de mes pères.

Tous les jours, ce n'est qu'accumulation de crimes sordides, d'enrichissements crapuleux éhontés, de lois ignobles votées par des députains atroces qui, au lieu de résister à la barbarie envahissante, l'encouragent pour "accompagner la Société".
La seule émigration possible est un repli intérieur avec la ferme intention de ne participer d'aucune façon à ce pandémonium cancériforme.
J'ai assisté à trop d'agonies aussi, parmi mes malades.
A chaque fois, je meurs un peu aussi.
Les familles ne comprennent pas pourquoi je ne répond pas aux faire-parts.
Je ne peux pas! C'est tout.
En ce moment, c'est l'hécatombe. Toute une génération disparaît, la dernière génération française.
Celle qui a trahi, quand même! Qui a abdiqué.
Et autant, je les accompagne comme je peux, comme j'ai fait pour maman, autant je les hais d'avoir accepté cette involution, ce collapsus.
Maintenant, ils se révoltent, ils râlent, on les y reprendra plus, disent-ils!
J'en suis pas sûr.
Et puis, il est bien temps!
A une époque, j'ai pensé que le terrorisme était une solution pour secouer, pour réveiller La Belle au Bois Mourant.
A la manière de nos adversaires de la Rote Armée Fraktion ou des Brigades Rouges.
J'ai vite réalisé que j'allais y perdre mon âme et j'ai abandonné après quelques tentatives que j'aurai souhaitées plus dévastatrices.

Maintenant, j'attend que tout finisse.

Qu'on n'en parle plus.

Que je ne saigne plus chaque fois que j'allume la radio ou la lucarne.
J'ai passé la frontière depuis longtemps!

Par VICOMTE DE LINIERES
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Dimanche 8 novembre 2009

C'est une après-midi de novembre à la Sherlock Holmes.
Crachin, humidité qui pénètre les chaumières, feuilles qui ne se ramassent pas à la pelle, membres et encéphale engourdis.
Je ne sais pas jouer au violon une partita de Bach ni m'enfiler un peu d'héroïne.
Et personne ne montera l'escalier en bois, ne frappera avec un code particulier et il n'y aura pas non plus de gamin des docks.
J'ai bien ma pipe, mais j'en suis à la quinzième, depuis 6 heures ce matin. Et, j'ai les hémorroïdes qui sont tapies pas loin.
De plus, je n'ai plus qu'un suppositoire disponible et je retarde au maximum l'enculage pharmaceutique.
J'hésite entre Vigneux et la Fac, ce qui fait quand même un décalage horaire d'une vingtaine d'années.
J'ai annoté un peu les programmes télé, par principe.
J'ai laissé une vacherie sur Marine Le Pen.
Faut dire que je l'ai un peu connue, tout de même!
La dernière fois qu'on s'est vu, c'était en 2 002, à l'Opéra.
C'était la grande presse d'entre-deux tours.
Avec Poupou, quand on allait camper en Bretagne, à Porspoder, et qu'on finissait par crever de faim, on se rappelait que le camarade au bandeau à la Moshe Dayan, il créchait à La Trinité-Sur-Mer.

Je l'ai peut-être dit ailleurs, c'est possible!

Et chaque fois qu'on frappait au portillon, y avait toujours Pierrette, ou lui, pour nous ouvrir et nous inviter à passer la journée, repas du midi et du soir compris, et à nous supplier de rester autant de temps qu'on voudrait.

A les écouter, j'y serais, cette heure, au bord de mer.

Le Pen, c'est un type intelligent, cultivé et très sensible.

Mais, il en a beaucoup bavé et ça a marqué son caractère. On se ressemble un peu, de ce point de vue.

Sous le soleil, pendant que Pierrette alimentait le barbequioue, Jean-Marie préparait les brochettes.

Poupou et moi, on glandouillait sur la terrasse.

Pas tout à fait! Je m'occupais des gosses. Y en avait deux, je crois!

En tout cas, la Marine nationale, je l'avais sur les genoux avec sa couche.

J'en suis certain! Poupou, il trouvait que c'était pas digne d'un cadre d'Ordre Nouveau d'avoir un gniard sur le djinne.
D'un autre côté, Le Pen, il était un peu obligé d'être olympien.

Car Poupou détenait le fichier du XVème et moi, celui du XVIIème.
En effectif militant, c'était pas les Phalanges Macédonniennes mais, en célébrités discrètes et pognonteuses, c'était pas à mépriser non plus.
J'ai déjà dit ailleurs. Mon fichier, je l'ai brûlé quelque temps après, sous des menaces de mort clairement exprimées.
Poupou, qu'était un vaillant, je sais pas ce qu'il a foutu.
Je sais, par contre, qu'il n'a jamais adhéré au Front National dont on est, tous les deux, membres fondateurs.
Mon camarade du XVIème, il est toujours dans le circuit, et il est même médecin et Conseiller Municipal à Chantilly.
Bon! Allez. Je pose la Marine ci-devant nationale et je vais ramasser des feuilles.

 

Par VICOMTE DE LINIERES
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Samedi 7 novembre 2009

Je suis toujours dans le séjour à Vigneux.
Je vous continue ma narration, bien qu'à mon avis, çuy jour, je dois palabrer avec une excroissance de Bamako.
Les parents de Tonton résidaient en Touraine, j'ai déjà dit.

Et, certains jours, quand le chef de gare de Juvisy-Triage prenait son Aronde pour aller les chercher à la gare, on était bien content.

On allait pouvoir un peu parler à table.

Elle, la vieille, était gentille. Toute frêle, menue, osseuse, fripée. Mais vive comme l'eau.

On l'appelait Mamie.

Lui, c'était Gaston, car son prénom était Gaston.

Tiens! A propos de Gaston, cela me fait remonter qu'on n'avait pas non plus le téléfon.
Celui-là, c'était un bourru sournois qui causait jamais, sauf pour gueuler, se plaindre qu'on s'occupait pas de lui.

Quand je suis arrivé pour la première fois à Vigneux, quand nous passions à table, nous attachions nos immenses serviettes à damier autour du cou. Le reste du suaire glissait entre les cuisses et allait se vautrer sur le parquet.

Il fallait donc ramasser le drap et l'étaler sur les jambes, de façon à ce que tous les vêtements soient protégés.

En grandissant, nous avions l'autorisation de mettre un coin de la serviette dans le col de la chemise et de tout laisser dégringoler.

Encore un peu plus tard et nous posions le tissu directement sur les genoux.

Le positionnement de la serviette était un marqueur de maturité, un rite initiatique, comme les scarifications à Bamako.

Le Gaston, malgré son âge, c'était toujours autour du cou, la serviette. Et à double noeud!
En plus, le béret sur les yeux. Même à table!
J'avais bien senti qu'il pouvait pas m'encadrer, celui-là! Mais, je ne savais pas pourquoi.
Je compris enfin, un soir.
Mamie, sa passion, c'était Zappy Max.

Je ne connaissais pas ce nom bizarre et rigolo. Il animait une émission de jeu sur Radio Luxembourg.
Quitte ou double! Très célèbre, à l'époque.

Elle, la vieille, avant le dessert, elle quittait la table discrètement, comme une souris, et revenait avec un vieux calepin. C'est là, que durant une année, elle écrivait toutes les questions et les réponses du Max.
En fin de repas, avec l'approbation tacite de son fils, elle faisait l'interro.
Moi, j'aimais bien. Michel et Claudine, un peu moins!
Tonton et Tante, ils se pelotaient sous la table pendant ce temps.

Je répondais à toutes les questions. Disons, que j'avais toujours les réponses, les bonnes.

Je sentais bien que ça agaçait!
Des fois, même, je finissais la question et balançais la réponse en simultané.
Tonton et Tante se marraient tout en continuant leurs explorations.

Mais, j'aurai dû faire gaffe!

Car le Gaston, qui disait rien, à qui on ne voyait que les yeux, entre béret et serviette, j'aurais dû remarquer que les pupilles se contractaient!
Il était humilié pour ses rejetons de la deuxième génération.
Un soir, il m'a fait une réflexion gargouilleuse désobligeante où il était question d'aristocrate et de lanterne.
J'ai rien compris. Mais le ton, j'avais saisi!
Et je le sermonne, du haut de mes douze ans, d'un "La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe!".
Du coup, plus de pelotage, plus de questions! Les cuillères retombent dans les assiettes et on se prépare à "La baie des cochons". C'était l'époque!
Le Gaston, il est devenu vert, puis rouge, ensuite blanc. Dans la foulée, la palette complète!
Il s'est étranglé, a régurgité ses nouilles potagères, a toussé apoplectique et s'est effondré dans l'assiette.
On l'a porté dans sa chambre.
Je m'attendais à une correction sévère. Mais rien de tout cela!
Le lendemain, Tante, elle m'a regardé d'un air admiratif et envieux.
Je ne sais toujours pas si c'étaient les réminiscences des approches fourrageuses de Tonton ou le plaisir d'avoir vu Gaston en train de claquer.
Il va sans dire que la vieille n'a plus jamais posé de questions du Zappy!

Par VICOMTE DE LINIERES
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Samedi 7 novembre 2009

Allez! On passe à table.
Le séjour donnait sur la rue. C'était une pièce bien éclairée.
Mais un jour, Tonton s'est mis en tête de retapisser l'ensemble.

Oh! Il n'y avait pas de difficultés majeures, la pièce étant parfaitement carrée.

Comme les proprios!

Avec Michel et moi, requis pour l'opération, nous étalâmes très correctement le papier peint.

Ce qui était gênant, c'étaient les couleurs. Sur deux pans de murs contigus, du rouge.

Mais alors! Le rouge ara, rouge à lèvres putassier, que tu pouvais pas regarder en face sans te payer une migraine.
Et, pour faire plus mode, les deux autres murs, en vert.
Là aussi, fallait voir le vert!
Entre perruche et pomme reinette avec reflets crapauds.
Même sanction opthalmique!
On s'habitue à tout, c'est démontré depuis longtemps. Mais moi, il m'a fallu attendre que les papiers aient un peu moisi pour me sentir en sécurité.
Dans un angle, le vieux piano qui m'a tant fait souffrir et que le facteur venait réaccorder après chacune de mes prestations clavecineuses ferraillantes.
Et, au centre, la grande table où nous prenions nos repas.
Je ne sais si elle était en bois car elle était toujours recouverte d'une nappe, pour protéger.
Le parquet, c'était pareil! Les patins, pour ménager.
Pour ce qui était du menu, je m'en souviens parfaitement, car, midi et soir, c'étaient pommes de terre-carottes, salade et banane.
Jamais de viande!
Un! C'était cher. Deux! Ils étaient contre.
De temps à autre, une omelette où il y avait plus de farine que d'oeufs et qui devait être mâchée dix fois avant de passer dans le conduit.
On se plaignait pas, on trouvait ça naturel.
Et on n'était jamais malade!
Avant le repas, Tonton faisait une courte prière que nous écoutions distraitement en regardant les gravures au fond de l'assiette creuse.

A table, on parlait pas. Ou alors, uniquement si on était interrogé.

Mais l'atmosphère n'était pas oppressante pour autant.

A chaque milieu de plat, Tonton, il avait des spasmes oesophagiens. De ces douleurs qui se prennent pour des infarctus. On voyait qu'il souffrait beaucoup; on rajoutait en conséquence, une couche de silence.

Au bout de deux minutes, la crise était passée et le silence pouvait reprendre.

J'ai déjà dit! J'étais en pension chez une famille pentecôtiste où on appliquait le programme prévu par le Saint-Esprit spécialement pour nous, les élus choisis.

Pas de télévision, bien entendu.

Pas de TSF, non plus. Tonton et Tante avaient décrété que c'étaient des pièges à Satan et qu'il fallait pas se conformer aux voisins.

Quatre grosses décennies après, je dois convenir quand même que le Saint-Esprit avait dû laisser tomber une plume lors d'un survol.

Heureusement, de temps à autre, passaient quelques jours à la maison, les parents de Tonton.
Ils demeuraient en Touraine habituellement et venaient voir leur fils, une à deux fois l'an.
Et, eux! Ils l'avaient, la TSF.
Je vous raconterai ça.
Mais, pour l'instant, je dois réviser le Dicit Dominus du XXIIIème après la Pentecôte.
Pour demain, à la chorale.
Veni, Sancte Spiritus!

Par VICOMTE DE LINIERES
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Vendredi 6 novembre 2009

Ce soir, oui! Ce soir, car il est 21h34 (heure d'hiver), je pose mes affiches, je ne chante pas : "On va leur percer le flanc, le p'tit Robert s'ra content", comme on avait coutume, lors des échauffourées, en reprenant la musique de la Garde de l'Empereur.
Le p'tit Robert, c'était Alain Robert, le responsable d'Ordre Nouveau.
Chanter a toujours donné du sens, du courage, de l'entrain.
On chantait beaucoup à l'époque. Dans tous les coins, tous les partis, toutes les tavernes.
Roger Holeindre s'en souvient. Il avait ouvert un restaurant pas loin de la rue des Lombards où se terrait la peste brune et, on allait régulièrement prendre nos aises chez lui, pour un diner.

A l'addition, il levait la main et disait:" C'est pour moi, les gars!".

Tu parles si ça a été pour lui, le pauvre vieux ! (en fait, quarante ans, à l'époque).

Son restaurant, à notre cher camarade, on lui a coulé en trois mois.

Dès que des bourges s'installaient dans ce gentil resto du Marais, nous, on arrivait en gueulant les chants de marche de la Leibstandarte ou Erika; des fois, un peu de Bruant. Mais, plus souvent, le Horst Wessel Lied, en hommage à un  type de notre âge, Horst Wessel, une des premières victimes du NSDAP dans l'Allemagne de Weimar.
En fait, je voulais pas vous parler de tout ça en particulier.
C'est venu tout seul.
Non plus, de cette matinée pluvieuse à Paris, où j'ai réservé un taxi pour me rendre à l'Ambassade d'Espagne.
C'était la mort du généralissime Franco.
Je m'étais pointé comme ça, à l'instinct! C'est pas que j'avais une admiration farouche pour le Caudillo, mais, comme tout Le Monde le honnissait, j'avais commencé à lui trouver des vertus.

Du jour au lendemain, Phalangiste et Division Azul à moi tout seul.
Je rentre dans le bâtiment haussmannien, je vois un gigantesque portrait du défunt, pétant la forme, (la photo, il avait cinquante ans, dessus!); le tout, crêpé de noir et plein de tentures rouges autour. Ambiance vampire, un peu!
En face du mémorial, un bureau et un officier d'ordonnance qui tient registre.
Je tourne le dos au mec, me place bien devant le Bahamontes, fais un claquement de talons bien sonore et lui adresse un salut romain qu'on n'a pas vu depuis les arènes et l'Adolf.
Le planton, il est vert!
Je signe le registre sous le regard haineux de l'attaché qu'était déjà passé au Roy félon et me rengouffre dans mon taxi.
Et voilà!
Je voulais me promener à Vigneux, douze ans, et me retrouve à Paris en 75.
On n'est maître de rien, décidément!
Bon! Vigneux, ce sera demain.
Cochon qui s'en dédit!
J'ai mis Erreur d'aiguillage en titre, alors qu'en fait, j'avais premièrement inscrit Retour vers l'Enfer.

La transition sera plus facile demain, quand je reviendrai 18 rue du Château, à Vigneux, chez Tonton, le chef de gare de Juvisy-Triage.

Par VICOMTE DE LINIERES
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Mercredi 28 octobre 2009

Le militant doit savoir tout faire.
Sinon, j'appelle ça un bureaucrate, un permanent syndical goinfré, un lierre inutile, envahissant, et, finalement nuisible.
Faut que je finisse mes histoires de collage. Déjà que l'ensemble est assez confus, si en plus, je tergivague, j'aurai même pas droit à la collection "Morceaux Choisis".
Bon! Je vais comme j'en ai envie, après tout.
Mais, le respect dû au pauvre lecteur égaré sur ce brouillon fascitoïde, faut y penser, néanmoins.
Je reconnais un certain mérite au flâneur.
Le collage d'affiches, ça s'improvise pas. Faut apprendre, comme tout le reste.
D'abord, c'est un métier! Y a des diplômes, probablement.
Nous, on avait le Brevet de la rue, mais c'était pas suffisant.
Je l'ai déjà dit, je crois. Pas trop de volontaires, dans ce domaine!
Moi, j'étais partant pour tout, par principe.
Les collages sont nocturnes, bien entendu. De jour, même en période électorale, sur les panneaux réglementaires républicains, alignés comme des putes à la queue leu leu (si j'ose!), attendant sagement sur les trottoirs qu'un irascible vienne graffiter, foutre des croix gammées partout, ou des "pauv'cons", comme dans les commentaires de programme tivi de nos jours, même en période légale, dis-je, t'étais pas certain de tenir un quart d'heure.

Tu passais directement de ton panneau démocratique aux Urgences de l'hosto voisin.
Il fallait une organisation.
Savoir, louer quelques camionnettes pas trop chères, donc déglinguées et sans marche arrière certaine.
Puis, des bassines, des grandes poubelles pour préparer la mixture. Je pense que celles-là, on les chouravait après le passage de la SITA.
La colle, fallait pas que ça soit de la soupe pour déportés ou du bortsch qui bétonnise instantanément.

Le doigté, la juste mesure, le coup de main, l'expérience, en un mot!

Et les balais, vous y avez pensé aux balais?

C'est pas un objet courant dans le commerce. Surtout les nôtres!

Fabrication maison, estampillé Ordre Nouveau.
Déjà, la longueur était pas ordinaire. Des huit mètres, à peu près!

Et ta perche de huit mètres, quand t'as ton affiche encollée sur le balai et que tu lèves le bazar, faut pas qu'elle traverse l'avenue ou redégringole sur la tête des potes.

Fallait bien calculer son coup, entre rigidité et flexibilité. Comme au lit, quoi!

Et puis, pas que la taille de la perche! Le côté pratique, aussi.

Le dernier morceau que tu tenais en main (Bah, oui! On faisait des balais téléscopiques, comme les cannes à pêche), le morceau, donc, dans ta pogne, au dernier moment, il était bien utile. C'était la matraque parfaite, en cas d'agression ennemie.

Mais rares, les ennuis nocturnes! Rares.

Les bolches étaient pas trop noctambules. Ils se contentaient d'arracher le lendemain. Quoique...
Avant l'expédition, on se donnait rendez-vous dans une brasserie ouverte vers onze heures-minuit, on prenait un sandouitche, une bière, un café et hop! Au boulot, pour la Révolution Nationaliste.
Un camarade qui avait le permis, au volant; deux ou trois à l'arrière, bringuebalés sur les pavés parisiens.
Au coup de frein, tout le monde gicle du vantail arrière et, en deux temps trois mouvements, voilà une dizaine d'affiches format Hollywood, sur un pont, un tunnel, les immenses murs killométriques des prisons, des hôpitaux, des administrations ronfleuses.
Je m'aperçois que je n'ai encore rien dit d'essentiel.
Ce sera pour plus tard! Car il faut quand même que je vous cause des affiches, qui feraient rougir le Lautrec.
Nos manifestes, ils restaient en place longtemps.
C'est sûr qu'au matin, y en avait énormément et qu'on pouvait pas toutes les lacérer.
Mais ça aussi, on avait prévu!
Dans chaque poubelle de cent litres de colle, on avait éparpillé dans les cinq kilos de verre pilé.
Le premier opposant qui s'essayait à saloper notre travail s'amputait d'une ou deux phalanges.
On a dû briser des carrières de pianiste!

Par VICOMTE DE LINIERES
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Dimanche 25 octobre 2009

Pensions-nous réellement nous emparer du pouvoir, dans les années 1970-71?
Probablement oui! Sinon, aucun d'entre nous n'aurait déployé autant d'énergie, dépensé autant de fifrelins, saboté autant de nuits, s'il n'y avait eu cette espérance en chacun.
Et nous avions des preuves à faire. Je ne dis pas, égaler nos aînés, cela semblait bien difficile, mais au moins, faire aussi bien qu'eux et, qui sait? Si les conjonctions étaient favorables!
Et puis, au fil des mois, nous avions acquis des appuis célèbres, bien que discrets.
Les noms sont connus.
C'est le travail des historiens. Moi, je fais dans le mémorialisme approximatif, mais dans l'ensemble, personne ne pourra me prendre en défaut.
Je restitue sans recherches, sans archives, bien qu'elles ne me fassent pas défaut, elles non plus.
J'ai vu qu'un ancien responsable d' Ordre Nouveau avait publié un bouquin sur le Mouvement, l'année dernière.

Je ne le lirai pas, car, d'une part, je l'ai bien connu et, d'autre part, j'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'un argousin.

Pour finir avec lui, je me souviens très bien avoir été missionné par le Chef pour aller lui demander des explications, en compagnie de Poupou (voir articles précédents) et de deux ou trois autres camarades, concernant certains détournements de fonds et de fichiers.

Bon. Bref! Un type louche, typique de toutes les mouvances un peu révolutionnaires.

Croyions-nous sincèrement arriver au Trône? Evidemment, oui.

Quand le Mouvement faisait 1,2% aux Municipales ou aux Législatives, on se voyait déjà marcher sur Rome ou cramer le Reichstag.
Cela faisait quand même dans les trois mille électeurs, alors que mon fichier n'en contenait qu'une centaine pour mon secteur.

On avait donc une marge, des sympathisants discrets, pour ne pas dire planqués.

Mais avant d'en arriver là, il fallait tracter, coller, cogner, organiser des réunions, des métingues, récolter les cotises, faire chauffer la Gestettner , prendre appui sur la moindre saloperie gaulliste pour faire de l'agit-prop.
Si on n'y avait pas cru, sur fond de nuits blanches et de repas monastiques, jamais le Front National n'aurait vu le jour.
Ceci dit, vu ce qu'est devenu ce cloaque lepéniste marinien, y a pas lieu d'être fier.
Mais, on pouvait pas deviner que les bourges allaient saloper notre idéal national-révolutionnaire.

Il aurait fallu une Nuit des Longs Couteaux, mais c'était plus la mode.

Bon! Je m'égare un peu. Cela va finir en promenade foireuse du dimanche, à ce rythme.
Il faut quand même que je justifie le titre, un tant soit peu.
Les collages!
Nous étions les maîtres de l'affichage sauvage. La nuit, bien sûr!
Le jour, t'avais toute la flicaille pompidolienne et les touristes trotzkystes à gérer et ça gâchait un peu la productivité.
Sur Paris et Région, nous étions dans les trois-cents militants purs et durs à qui on pouvait tout demander.
Pour les collages nocturnes, le chiffre était considérablement réduit car beaucoup éprouvaient la nécessité de dormir.
Bonjour la Révolution!
Mais à trente-quarante, on arrivait néanmoins à couvrir toute la Capitale et ses banlieues en une seule nuit.
Quand les habitants se réveillaient le lendemain et voyaient cette pléthore propagandique, ils croyaient avoir changé de Régime.
Non, hélas!
Nous étions simplement passés en chantant.

Post-tapum:

Faites-moi penser à rédiger un autre article sur la décoration illicite. Car, même à notre époque, je pense que c'est une des clefs de la réussite.

 

Par VICOMTE DE LINIERES
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Dimanche 25 octobre 2009

Je n'ai pas envie de me relire.
D'une part, cela prend un temps de sablier feignasse et, d'autre part, j'ai peur de ne pas être satisfait.
Comme la gentille lettre de la Directrice de Rivarol me le signifiait,: "Le fond est excellent, mais la forme mériterait d'être retravaillée!"

Or, justement! Travailler, c'est déjà pénible, mais "retravailler", autant demander à une parturiente de regésiner!

Donc, c'est non! Je ne remettrai pas dix fois sur le métier ce qui m'est déjà assez harassant à accoucher une fois.
Je me faisais ces réflexions en ramassant les déjections de mon chien, que j'avais abandonnées depuis quinze jours à leur évolution naturelle.
Mais, ces temps-ci, elles s'accrochent, ces bougresses, et ne manifestent aucune intention de muter et de me ficher la paix.
J'en ai récolté un seau plein pendant une heure, me demandant comment ce bestiau pouvait autant produire avec un seul repas par jour.
Moi, avec trois repas quotidiens ( frugaux, j'en conviens!), je ne vais au lieu secret qu'une seule fois et ça remplit pas une terrine.
Lui, c'est un cabinet ministériel ambulant, qui pond, qui pose, qui repose sans cesse des étrons mammoutheux de solide consistance ou de flaques boueuses collantes aux herbes mouillées.
Et ma pensée s'est fixée sur cette étonnante parabole qui m'a ramené à la démocratie et à la République, pondeuse également, d'insanités délétères, de jour, de nuit.
Mon chien a quand même plus de prestance et d'à-propos que les conducators apatrides qui nous paîssent sous l'oeil approbateur de mes concitoyens qui approuvent également l'invasion de leurs prés carrés par des crottes étrangères.
Je n'ai pas envie de me relire du tout.
D'où, probablement, des redites, des radotages , un sentiment de déjà lu.
Que m'importe!
Si j'en crois les statistiques de mon hôtelier de fortune, j'ai de plus en plus de lecteurs.
Ils ont un compteur. Ils appellent ça, le blog rank.
L'indice de satisfaction, en quelque sorte.
Alors, là, mes chéris! Laissez-moi gondoler une seconde.
Je suis bien convaincu que les pékins qui ratent un virage et se retrouvent dans mes humeurs malignes, ne sont absolument pas satisfaits.

Sauf les aveugles, bien entendu!

Par VICOMTE DE LINIERES
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